Aux dernières nouvelles, des personnes auraient été interpellées par les services de police au domicile privé de l’ancien ministre André Okombi Salissa à Lékana. Il s’agirait des ouvriers travaillant dans le domaine (plombiers, maçons…), de son maître d’hôtel et d’une gouvernante des lieux.
Visiblement, selon des informations obtenues auprès des proches du ministre Okombi, les services de sécurité gèreraient des fiches de renseignement selon lesquelles, ¨Tout Bouge¨, de son petit nom, possèderait des armes dans sa résidence de Lékana. Sur ces entrefaites, avance un fin limier sécurocrate « quoi de plus normal que la police procède à l’interpellation de certaines personnes, voire à une perquisition ». Selon la rumeur brazzavilloise, c’est le général Jean François Ndengue en personne qui s’est rendu sur les lieux. Information rejetée par un proche de ce dernier qui a requis l’anonymat. « Ce n’est peut-être pas lui-même Ndengue qui est parti à Lékana, mais ce sont ses services qui ont été à l’œuvre », a pesté un homme lige d’André Okombi Salissa qui se trouve actuellement avec lui en France et que ¨La Voix du Peuple¨ a pu joindre au téléphone.
Règlement de comptes ?
Si la mésentente de l’époque, dans le salon d’honneur de l’aéroport international de Brazzaville, entre André Okombi Salissa et Jean François Ndengue, a souvent été brandie en guise de règlement de compte du directeur général de la police, lorsqu’il s’agit des affaires de l’ancien ministre de l’Enseignement, il n’en demeure pas moins vrai que le même jour dans la soirée, les deux hommes avaient fumé le calumet de la paix, même si le général ¨Werrason¨ avait fait faux bond à ¨Tout Bouge¨ qui tenait à le rencontrer à nouveau. Qu’à cela ne tienne, pour ceux qui connaissent parfaitement l’homme, le général de police 2ème classe ne peut hésiter un seul instant d’ordonner l’arrestation d’Okombi s’il venait d’être avéré que ce dernier possède des armes. « Ndengue n’a pas d’amis quand il est question de sécurité et défense du pouvoir en place », a assené une source sécuritaire qui a requis l’anonymat.
Le pouvoir en veut-il à Okombi ?
« La focalisation des services de sécurité sur André Okombi Salissa n’est-elle pas de nature à compromettre la paix sociale ? », s’interrogent déjà à tort ou à raison certains citoyens. Une interrogation qui n’est pas saugrenue au regard de la forte mobilisation des civils, militaires et ex-combattants dont peut faire preuve ¨Tout Bouge¨, ancien guerrier qui plus est. Nonobstant ceci, il est plausible de reconnaître en outre, commentent des militants de la majorité présidentielle, que depuis sa disconvenue avec le P.C.T au sujet du CADD-MJ, le pouvoir semble vouloir en découdre définitivement avec lui. Il convient également de signifier à l’opinion nationale que deux camps semblent voir le jour au sein même de la majorité présidentielle : celui du changement de la constitution pour permettre à Denis Sassou-Nguesso de rempiler à la tête de l’Etat et de la rupture avec son règne en 2016. Ce dernier camp n’est autre que celui-là même qui applaudissait et riait à gorge déployée à ¨La Congolaise¨ en plein siège du parti au pouvoir, lorsqu’André Okombi Salissa parlait de la démission du Pape Benoît XVI qui aurait pu inspirer certains dirigeants, allusion à peine voilée faite à Sassou-N’guesso. Des propos qui n’ont pas été du goût de plusieurs, du président de la République et de certains de ses affidés, parmi lesquels des officiers supérieurs. La récente nomination d’André Okombi Salissa comme vice-président d’honneur de la jeunesse du P.C.T aurait été une décision unilatérale du président de la République. « Je n’ai pas été consulté », soutient en privé l’ancien ministre de l’Enseignement technique et de la profession qualifiante.
Préparatifs pour la présidentielle de 2016 ?
Selon des informations obtenues auprès de nos sources du parti socialiste français, Okombi Salissa en visite privée en France aurait été reçu par le premier secrétaire du parti socialiste (PS), Harlem Désir, par le secrétaire national à l’Europe et à l’international de ce même parti, Jean Christophe Cambadélis et aussi par Pouria Amirshabi, le secrétaire national aux transitions démocratiques et à la francophonie. André Okombi Salissa prépare-t-il, en coulisse, l’alternance démocratique au Congo-Brazzaville ? Pis, ¨Tout bouge¨ aurait également rencontré certains de ses amis de l’UMP y compris quelques fonctionnaires du Quai d’Orsay en particulier Sébastien Minot, sous directeur Afrique Centrale. Ce qui fait dire aux observateurs aguerris du landernau politique congolais qu’Okombi veut de la magistrature suprême en 2016. Mais pourra-t-il déjouer la carte de son mentor Sassou ? « Nganga a ta a formé mwana na yé a lakissa ka yé secret nionso té (en langue française : en formant son élève, le féticheur ne lui apprend jamais tous ses secrets », propos du musicien Koffi Olomidé épousés désormais par certains caciques du parti au pouvoir en parlant d’André Okombi Salissa. Toutefois, « dans certains cas, l’élève peut surpasser le maître », a assené sans coup férir un proche d’Okombi. Par ailleurs, si son ¨frère¨ du même département des plateaux, Mathias Dzon, qui veut également la même chose que lui, n’a pas pu rencontrer les dirigeants français lors de son dernier voyage en France où il a dû se limiter à une interview avec Paul Tedga dans Afrique Education soutenant que le départ de Sassou n’est pas négociable, Okombi, lui, semble avoir le vent en poupe au pays du colonisateur. Et pour cause, plusieurs dossiers pétroliers dans lesquels le président de la République est compromis ont été contresignés à l’époque par l’ancien ministre des Finances, Mathias Dzon. Dans la stratégie Française, en ce qui concerne le changement de Sassou à la tête du Congo-Brazzaville, il serait mieux que quelqu’un du sérail prenne le pouvoir en 2016 pour ne pas avoir à recommencer tout à zéro. Okombi Salissa qui, aux yeux de la France, d’après certaines indiscrétions, paraît ¨propre¨ pour n’être pas compromis dans les affaires des biens mal acquis sur le territoire français, des disparus du Beach et dans aucun crime économique, serait, pour certains lobbies français, l’homme de la situation.
Jean-Pierre MAKOSSO
«Un dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi »
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