LE PRESIDENT FRANCAIS François HOLLANDE RECU EN LIBERATEUR AU MALI
Accueilli en libérateur à Bamako et à Tombouctou, le président François Hollande a souligné samedi que la France n'avait pas encore "terminé sa mission" au Mali, où il a jugé que les groupes "terroristes" qui occupaient le nord du pays n'ont pas encore été vaincus.
Foule en liesse scandant "Papa François Hollande" et "Vive la France" au son des tam-tams interdits par les
groupes islamistes, jeune chameau recouvert avec un drapeau tricolore offert en signe de reconnaissance: François Hollande a été fêté avec ferveur lors de cette visite d'une
journée au Mali.
Mais trois semaines après le début de l'intervention militaire française contre les groupes islamistes armés qui
occupaient depuis des mois le nord du pays, il s'est gardé de tout triomphalisme en soulignant que la France restera "le temps qu'il faudra" au côté du Mali.
"Oui, le terrorisme a été repoussé, il a été chassé, mais il n'a pas encore été vaincu", a affirmé François
Hollande, revenant sur la reconquête en moins de trois jours de Gao et de Tombouctou, à l'issue d'une spectaculaire offensive, associant actions des forces spéciales et frappes
aériennes.
"Le retrait est inscrit, il n'y a aucun risque d'enlisement parce que nous avons le soutien de la population,
parce que les Africains sont là, parce que les Européens sont présents, parce que nous avons une communauté internationale qui est à l'unisson", a-t-il aussi fait valoir le
président français.
Dans la matinée, visitant la cité emblématique de Tombouctou, mutilée par les jihadistes, le président français
a dénoncé "la barbarie" imposée par les groupes islamistes qui ont multiplié les exactions.
"François Hollande, nous les femmes de Tombouctou, on le remercie très infiniment, il faut lui dire qu'il a
abattu l'arbre, mais il reste à le déraciner", a déclaré Fanta Diarra Touré, 53 ans, ex-réceptionniste, vêtue d'un boubou blanc et portant le drapeau français comme un
châle.
"la France paye sa dette"
Après s'être entretenu avec l'imam de la plus grande mosquée de la ville, François Hollande et le chef d'Etat
malien par intérim Dioncounda Traoré, ont visité un centre de conservation de précieux manuscrits anciens, dont certains ont été incendiés par les islamistes.
Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et Ansar Dine (Défenseurs de l'islam), qui ont occupé Tombouctou pendant
dix mois, y ont commis de très nombreuses exactions, au nom d'une interprétation rigoriste de la charia (loi islamique): amputation, coups de fouets aux couples "illégitimes", aux
fumeurs.
Ils ont imposé le port du voile intégral aux femmes, interdit la mixité dans les écoles, le football, la danse,
la musique et l'alcool.
Ils ont également choqué le monde en détruisant des mausolées de saints musulmans adulés par les populations
locales, assimilant cette vénération à de "l'idolâtrie".
Le président français, accompagné de trois ministres - Laurent Fabius (Affaires étrangères), Jean-Yves Le Drian
(Défense) et Pascal Canfin (Développement) - et de la directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova, s'est ensuite rendu à la mi-journée à Bamako.
Il a de nouveau été ovationné par la foule, rappelant les images de la visite de son prédécesseur Nicolas
Sarkozy à Tripoli et à Benghazi en septembre 2011. Et il a reçu un vibrant hommage de la part de Dioncounda Traoré.
"François Hollande est le frère de tous les Maliens, l'ami sincère de l'Afrique toute entière", a proclamé M.
Traoré, avant de saisir la main du président français et de la lever vers le ciel sous les applaudissements de la foule.
Le président français a répondu en affirmant que la France "paye aujourd'hui sa dette" à l'égard du Mali, dont
les hommes étaient venus à son aide, parmi d'autres soldats d'Afrique lors des deux conflits mondiaux.
Face aux accusations d'exactions des derniers jours lancées par des ONG contre l'armée malienne, les deux chefs
d'Etat ont répondu d'une seule voix, en appelant leurs troupes à être "exemplaires".
"Dans l'euphorie de la liberté retrouvée, ne vous laissez jamais aller aux excès, à la vengeance, je sais que je
peux compter sur vous pour qu'il n'y ait aucune exaction, aucun règlement de compte", a souligné Dioncounda Traoré.
Il a aussi promis une "réconciliation nationale" dans le cadre d'un "dialogue inter-malien ouvert à toutes les
sensibilités" et répété son souhait d'organiser dans son pays des élections générales avant le 31 juillet.
"Libérer les otages"
Sur le terrain, les évènements se sont accélérés le week-end dernier avec la reprise, coup sur coup, de Gao et
Tombouctou et l'arrivée mardi soir de soldats français à l'aéroport de Kidal, ville tenue par des rebelles touareg et des islamistes dissidents s'affirmant "modérés".
Kidal, (nord-est), ville longtemps tenue par Ansar Dine, est passée, avant l'arrivée des soldats français, sous
le contrôle du Mouvement islamique de l'Azawad (MIA, dissident d'Ansar Dine) et du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA, rébellion touareg).
Kidal et sa région comprenant le massif des Ifoghas, près de la frontière algérienne, sont le berceau des
indépendantistes touareg et, selon Paris, le lieu de détention "probable" de sept otages français.
Leur sort a brièvement été évoqué par François Hollande samedi, qui a jugé que "les ravisseurs doivent
comprendre que le moment est venu de libérer les otages", ajoutant que les forces françaises au Mali en étaient désormais "tout près".
Kidal est aussi le dernier refuge des combattants islamistes chassés des villes du Nord.
Le MNLA a affirmé samedi que ses combattants ont eu vendredi "un accrochage" avec une unité d'islamistes dans la
région de Tessalit, au nord de Kidal, très près de la frontière avec l'Algérie, qui s'est conclu par "l'arrestation de plusieurs jihadistes".
«Un dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi »
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