LES AMBITIONS COLONIALISTES DE L' ANGOLA EN GUINÉE BISSAU
L'armée angolaise
La force militaire angolaise, dont la présence en Guinée-Bissau a motivé le coup d'Etat, est accusée depuis des mois de s'être mise au service du Premier ministre renversé pour protéger ses intérêts personnels mais aussi défendre les ambitions "colonialistes" de Luanda.
Déployée en mars 2011 dans le cadre d'un accord technico-militaire sur la réforme de l'armée, la Mission militaire angolaise (Missang) a été "instrumentalisée par l'ancien Premier ministre Carlos Gomes Junior pour servir sa stratégie d'hégémonie politique", a déclaré à l'AFP le politologue Fafaly Koudawo.
"Après avoir été arrêté par les militaires en avril 2010 (bien 2010), Gomes Junior avait perdu confiance en l'armée", explique-t-il.
Forte initialement d'environ 200 hommes, la Missang a vu progressivement ses effectifs augmenter pour atteindre quelque 700 hommes, selon Monsieur Koudawo.
En outre, dit-il, "l'Angola a acheminé à Bissau du matériel lourd composé de tanks et d'hélicopères créant ainsi une supériorité logistique et militaire au profit des Angolais" face à une armée bissau-guinéenne sous-équipée.
Candidat défait à la présidentielle du 18 mars 2012, l'opposant Henrique Rosa avait dénoncé avant le scrutin l'"ingérence" du grand frère lusophone, qu'il a accusé de "disposer en Guinée-Bissau d'effectifs militaires nettement supérieurs à ce qui était prévu et d'un armement qui n'est pas adapté à sa mission".
"Garde prétorienne de Gomes Junior"
"La présence des Angolais ne se justifie que parce qu'ils sont exclusivement au service du gouvernement, et particulièrement du Premier ministre, autrement dit, il s'agit d'une garde prétorienne pour Carlos Gomes Junior", avait-il dit.
Les putschistes qui ont arrêté le 12 avril 2012 Monsieur Gomes Junior et le président intérimaire Raimundo Pereira ont justifié le coup d'Etat en dénonçant "un accord secret" passé entre la hiérarchie militaire, l'exécutif et l'Angola, en vue selon eux de "faire éliminer" l'armée par les Angolais présents en Guinée-Bissau.
"Les Angolais étaient venus dans le cadre de la coopération militaire mais nous avons compris qu'ils n'étaient pas venus pour nous aider", a déclaré à l'AFP le porte-parole de la junte, le lieutenant-colonel Daba Na Walna.
"L'Angola veut transformer la Guinée-Bissau en une colonie angolaise comme elle l'a fait au Congo et en Côte d'Ivoire", où elle est intervenue militairement, accuse Daba Na Walna.
L'Angola, fort de sa rente pétrolière, dispose en Guinée-Bissau d'intérêts économiques importants, en particulier un projet d'exploitation d'une mine de bauxite dans la région de Boé (Est) et de construction d'un port en eau profonde à Buba (Sud).
Face à la polémique, l'Angola avait annoncé avant le coup d'Etat le retrait de ses troupes, mais celui-ci n'a toujours pas commencé.
Mercredi 18 Avril 2012, l'ancien parti au pouvoir, le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau (PAIGC), a lancé un appel à l'Onu pour qu'elle envoie une force de stabilisation dans le pays.
"Nous accepterons toute force de stabilisation, qu'elle soit dépêchée par la Cédéao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) ou toute autre institution", a déclaré à l'AFP le secrétaire général du parti Luis Olivares.
"L'essentiel est qu'elle soit placée sous l'égide de l'ONU", a-t-il insisté, non sans rejeter les "accusations calomnieuses" proférées par la junte à l'encontre de l'ancien Premier ministre et président du PAIGC.
"L'accord entre les gouvernements bissau-guinéen et angolais est clair et transparent. Il n'y a jamais eu d'accord secret", affirme-t-il.
"C'est, selon lui, un prétexte" utilisé par les militaires pour se débarrasser d'un gouvernement déterminé à réformer une armée jugée pléthorique (4.400 hommes officiellement, 3 fois plus selon des sources diplomatiques) et principal facteur d'instabilité de ce pays d'1,6 million d'habitants.
La junte bissau-guinéenne a ordonné jeudi 19 Avril 2012 la réouverture des frontières du pays ainsi que de l'aéroport et du port de la capitale, fermés depuis le 15 avril 2012, trois jours après le coup d'Etat qui a renversé le gouvernement de Carlos Gomes Junior.
"Afin de garantir la circulation des personnes et des biens, l'état-major des Forces armées ordonne l'ouverture des frontières terrestres, maritimes et aériennes, ainsi que de l'aéroport et du port du pays", indique un communiqué, publié au lendemain de l'accord de transition conclu pour deux ans entre les militaires et les partis de l'ex-opposition.
La junte "sollicite la collaboration des services aéroportuaires, maritimes et de tous ceux qui sont liés au transport et à la sécurité des passagers", ajoute le texte.
Les administrations et services publics sont fermés depuis le début de la semaine à Bissau en raison d'un appel à la grève lancé par le principal syndicat du pays, l'Union nationale des travailleurs de Guinée-Bissau (UNTG), pour protester contre le putsch du 12 avril 2012.
BISSAU, Pinto ALVARES pour la Voix du Peuple
«Un dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le peulpe ne relève pas le défi »
Pour une République Juste & Démocratique, Vous trompez le Peuple Nous dénonçons