Stephane ESSEL : MORT D'UN ETERNEL INDIGNÉ
L'ancien résistant, revenu sur le devant de la scène avec son célèbre "Indignez-vous" et ses prises de positions sur de grands sujets (comme les droits de l'homme ou le conflit israélo-palestinien), est décédé dans la nuit de lundi à mardi.
Il était né au début du siècle dernier, en pleine Première Guerre Mondiale, le 20 octobre 1917 à Berlin. Depuis, il a connu tous les grands évènements de ce vingtième siècle. Naturalisé français en 1937, il rejoint les Forces Françaises Libres en 1941, à Londres. Il est arrêté, déporté en tant que résistant, à Buchenwald puis à Dora, et ne survivra qu'en échangeant son identité avec un prisonnier mort, puis en s'évadant.
Résistant puis indigné
En 1945, il entre au Quais d'Orsay. Il passera une large partie de sa carrière comme diplomate, notamment aux Nations Unies. Il y participe à l'élaboration de la Charte des droits de l'homme et du citoyen.
C'est au début du XXIe siècle qu'il va connaître une véritable renaissance en prenant publiquement position sur de grands sujets de société. Les droits de l'homme bien sûr, la lutte de sa vie, mais aussi le conflit israélo-palestinien ou les sans-papiers. En 2010, il publie "Indignez-vous !", petit livre appelant à la résistance et qui connaîtra un succès international.
Un homme de plume et d’engagement
Auteur de nombreux ouvrages, c’est pourtant un manifeste d’une trentaine de pages Indignez-vous publié en octobre 2010 (Indigènes éditions) écrit à 93 ans qui vaut à Stéphane Hessel un succès planétaire. Cet opuscule s’est vendu à quatre millions d'exemplaires dans le monde. Le livre dénonce les écarts de richesse, la dictature des marchés, l’absence d’humanité notamment à propos de la situation des Roms, des sans-papiers, et aussi sur le conflit israélo-palestinien qu’il considère comme son principal sujet d’engagement.
Mais le livre rencontre des détracteurs qui, à leur tour, s’indignent : « C’est la première fois dans l’histoire qu’un document écrit contient aussi peu d’idées, et rencontre autant de succès », fulmine l’avocat William Goldnadel. Le philosophe Alain Finkielkrault n’est pas en reste. Il reproche au livre d’avoir « un seul objet d’indignation : la politique israélienne ».
« Ne pas laisser s'accumuler trop de haine »
L’image de Stéphane Hessel est indissociable de son engagement. Il est le médiateur dans l’affaire des sans-papiers réfugiés dans l’église Saint-Bernard à Paris, en 1996. «Immigré moi-même, le sort des travailleurs immigrés ne pouvait que m’intéresser », explique-t-il dans ses mémoires Danse avec le siècle. Militant de la cause interculturelle, il crée en 2006, l’Association de formation des travailleurs africains et malgaches. Quelques années plus tard, il s’engage pour la défense des Palestiniens dont il dénonce les conditions de vie. Le 5 janvier 2009, il qualifie les frappes israéliennes sur la bande de Gaza de « véritable crime contre l’humanité », et signe un appel contre les frappes israéliennes au Liban. Il sera membre puis président d’honneur du tribunal Russel pour la Palestine dont l’objectif est de « réaffirmer la primauté du droit international comme base du règlement du conflit israélo-palestinien ».
A la suite de l’attaque de la flottille d’aide à Gaza, le 15 juin 2010, il appelle au boycott des produits israéliens, s'attirant les foudres du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF).
Malgré l'hostilité d'une partie de la communauté juive, Stéphane Hessel ne varie pas dans son combat. En diplomate et humaniste, il prône le dialogue : « Je suis convaincu que l’avenir appartient à la non-violence, à la conciliation des cultures différentes. Il faut arriver à une négociation pour faire disparaître l’oppression ; c’est ce qui permettra de ne plus avoir de violence terroriste. C’est pourquoi il ne faut pas laisser s’accumuler trop de haine », avait-il écrit dans son livre Indignez-vous. Plus récemment encore, il soutient le combat d’Aung San Suu Kyi en Birmanie.
Stéphane Hessel n’aura pas vécu la résolution de la question palestinienne qui lui tenait tant à cœur. Mais au regard de son parcours de vie, il quitte ce monde sans regrets. Par ses écrits, il aura contribué à secouer les consciences. Son ouvrage Indignez-vous, n’est-il pas brandi lors des mouvements éponymes qui ont essaimé sur tous les continents ? Des mouvements de contestation qui disent non à un ordre établi. « Indignez-vous et engagez-vous », lançait-il, car seule l’action marque l’Histoire. Sans aucun doute, Stéphane Hessel l’aura marquée.
Une vie dans le siècle
20 octobre 1917 Il naît à Berlin, dans une famille issue de banquiers allemands. Son père, Franz Hessel, est essayiste et traducteur, sa mère a inspiré l'héroïne du roman "Jules et Jim", d'Henri-Pierre Roché.
1941 Il rejoint Londres et travaille pour le Bureau central de renseignements et d'action.
1944 Il est déporté au camp de Buchenwald.
1948 Diplomate à l'Organisation des nations unies, il participe à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l'homme.
1977 Il est nommé chef de la délégation française à l'ONU.
1997 Il publie "Danse avec le siècle", première autobiographie au Seuil.
2004 Il signe l'appel collectif de résistants de la première heure à la commémoration du soixantième anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance du 15 mars 1944.
2010 Il sort "Indignez-vous !" aux éditions Indigène, le 20 octobre, jour de son 93e anniversaire.
2013 Il publie de "A nous de jouer ! Appel aux indignés de cette terre" (éditions Autrement)
27 février 2013 Mort à Paris
Yamoussoukro, Chantal TANOH pour la Voix du Peuple
«Un dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi »
Pour une République Juste & Démocratique, Vous Trompez le Peuple Nous dénonçons