EGYPTE: Hosni MOUBARAK RATTRAPÉ Par la justice
Le dictateur plaide non coupable
La tragédie d'un Tyran
Au premier jour de son procès au Caire le mercredi 3 Juillet 2011, le président déchu s'est exprimé couché sur une civière. Il comparaît pour corruption et meurtres.
Jusqu'au dernier moment, la venue du président déchu sera restée incertaine. Hosni Moubarak a finalement assisté ce mercredi matin au Caire à l'ouverture de son procès pour meurtre de manifestants et corruption. Couché sur une civière, derrière les barreaux du box des accusés, il a pris la parole pour nier les accusations qui sont portées contre lui.
La première journée du procès s'est terminée vers 14h et le président du tribunal a renvoyé au 15 août 2011 la date de la prochaine audience. L'ancien raïs sera hospitalisé au Caire, rapporte l'agence de presse officielle Mena.
Aux côtés de l'ex-président alité se sont tenu ses deux fils Alaa et Gamal. Tous trois étaient vêtus de blanc, la tenue réglementaire des prévenus n'ayant pas encore été condamnés. L'ancien ministre de l'Intérieur Habib el-Adli et six hauts responsables de la police comparaissent également. L'homme d'affaires Hussein Salem, un proche des Moubarak, sera lui jugé par contumace.
Les accusés doivent répondre de détournement d'argent public et du meurtre de manifestants anti-régime pendant la révolte. Près de 850 personnes ont été tuées pendant le soulèvement de janvier- février 2011. «Toutes ces accusations, je les nie complètement», a déclaré Hosni Moubarak, qui risque la peine de mort. Ses fils ont également pris la parole pour se dire non coupables.
Les autres dictateurs encore en place sur le continent africain, doivent se poser des questions sur la fin de leur règne
Alaa (G) et Gamal (D) encadrent leur père Hosni MOUBARAK, au premier jour du proçès, le mercredi 3 Août 2011 au CAIRE
TOUR D' HORIZON DE LA PRESSE FRANCAISE du Jeudi 4 Juillet 2011
L’image saisissante est à la Une de Libération, du Figaro ou encore du Monde…
Hosni Moubarak, les trait tirés, allongé sur une civière, dans une cage grillagée… « Malaise, s’exclame Libération. Le procès Moubarak a démarré par une mise en scène sinistre visant
l’humiliation de l’accusé, la justice ménageant une belle place à son contraire : la vengeance. » En tout cas, relève le journal, au-delà du procédé, « le procès Moubarak est un
rendez-vous crucial pour l’Egypte et l’ensemble du printemps arabe. Il se doit d’être exemplaire pour être démocratiquement fondateur. Car c’est aussi à la manière dont il traite ses adversaires,
ou ses ennemis, que se mesure la nature profonde d’un régime. »
« La scène n’est pas glorieuse mais nécessaire », estime pour sa part La Voix du Nord. « On peut
s’interroger sur l’urgence d’amener à comparaître un homme malade, un grabataire de 83 ans qui risque d’ailleurs la peine de mort. Cette image met mal à l’aise. (…) Mais que valent nos réticences
occidentales, s’interroge le quotidien nordiste, face à l’image symbolique, retransmise en direct dans tout le pays agité et inquiet ? »
Et au-delà des frontières égyptiennes, cette image fait figure d’avertissement… Pour Le Journal de la
Haute-Marne, elle « montre aux dictateurs de cette partie du monde que l’impunité ne leur est plus assurée. Un jour ou l’autre, ils auront peut-être à
rendre compte de toutes les souffrances qu’ils ont infligées à leur peuple. »
« Moubarak : le procès qui fait trembler les dirigeants arabes », titre Le
Figaro, pleine page. Le Figaro pour qui « dans un monde arabe où les tyrans s'éternisent et ne consentent à transmettre le pouvoir qu’à leur progéniture, le
procès de Moubarak et de ses fils a une valeur symbolique considérable. (…) Naguère tout-puissant, il est le premier dictateur à devoir répondre de ses actes devant son peuple, qui l’a lui-même
déposé. »
Un théâtre d’ombres ?
Toutefois, ce procès peut aussi apparaître comme un écran de fumée orchestré par les militaires, souligne Le Figaro :
« en cédant aux appels des révolutionnaires égyptiens, le Conseil suprême des forces armées satisfait l’opinion publique sans rien lâcher de son pouvoir et sans avoir à répondre aux
aspirations réformatrices de l’opposition. (…) Offrir en pâture à la populace la tête de l’ancien dictateur peut être un moyen de faire porter au clan Moubarak toute la responsabilité des années
passées, afin de préserver, estime Le Figaro, un système fondé sur la prééminence d’une armée déterminée à maintenir son pouvoir. »
La Charente Libre complète ce point de vue : « considérée comme le meilleur des remparts contre une confiscation de la
révolution égyptienne par les islamistes des Frères musulmans, l’armée apporte au peuple de la place Tahrir la tête de Moubarak comme preuve de son engagement démocratique. De là à penser que
Moubarak aura droit à un procès équitable, la marge est grande, estime le quotidien charentais. Car pour être crédible, le procès Moubarak devrait être aussi celui de l’ensemble des acteurs
majeurs de son règne. L’exercice est impensable puisqu’il faudrait alors aussi encager nombre de militaires, dont le maréchal Tantaoui faisant actuellement office de Chef de l’État et ministre de
Moubarak pendant 20 ans. »
Du coup, pour L’Humanité, « le tribunal installé dans l’académie de police risque de n’être qu’un théâtre d’ombres, un
faux-semblant. A moins que le peuple fasse entendre sa voix pour réclamer justice. Il ne suffit pas de juger un despote si l’on ne juge pas le régime qui a permis son avènement. »
Un automne arabe ?
Pour sa part, La Croix veut y croire : ce « procès pourrait
servir de moment libérateur pour un peuple qui rêve d’un nouveau départ. Il permettra peut-être aussi, relève le quotidien catholique, de démonter les rouages de l’ancien régime. A condition,
toutefois, qu’il ne soit pas mené de façon expéditive et que les procédures respectent les droits de la défense. Dans un pays qui tâtonne toujours sur la voie de la démocratie, l’enjeu pour
l’appareil judiciaire sera d’échapper à l’arbitraire qui prévalait jusqu’ici. »
Réponse donc dans les prochaines semaines…
En attendant, comme le remarque La Montagne, il n’en reste pas moins que
ce procès Moubarak « brise un tabou dans le monde arabe. (…) Rien ne dit, s’il se poursuit, qu’il ne sera pas le seul du genre. » Et La Montagne d’élargir son propos : « après
un printemps euphorique, l’été arabe est donc marqué par des tensions fortes en Égypte et en Tunisie, une guerre incertaine en Libye, un bain de sang en Syrie et, ailleurs, une alternance de
promesses ou de soubresauts. Joyeuses quand elles sont libératrices, les révolutions sont aussi lourdes de menaces, conclut le quotidien du centre, car elles
ne font pas table rase du passé. Souhaitons que l’automne arabe ne balaie pas les promesses du printemps. »
Caire, Mohamed El DJAFAR pour la Voix du Peuple
Pour une République Juste & Démocratique, Vous trompez le Peuple Nous dénonçons