EGYPTE : LE PEUPLE CONTESTE LE POUVOIR MILITAIRE
Le Maréchal Hussein TANTAOUI
Face à la révolte du peuple, qui exige un retour au pouvoir civil
Des milliers d'Egyptiens manifestaient toujours mercredi 23 Novembre 2011 au Caire pour réclamer le départ des militaires qui dirigent le pays, malgré la promesse du chef de l'armée d'organiser une élection présidentielle mi -2012 pour un retour au pouvoir civil.
Le maréchal Hussein Tantaoui, chef d'Etat de fait, s'est engagé dans un rare discours la veille à organiser une
élection présidentielle avant fin juin 2012 et s'est même dit prêt à remettre le pouvoir immédiatement si un éventuel
référendum en décidait ainsi.
Mais après quatre jours d'affrontements entre manifestants et police qui ont fait 30 morts dans toute l'Egypte et provoqué la
démission du gouvernement mis en place par l'armée, beaucoup d'Egyptiens ayant manifesté par dizaines de milliers mardi sont restés toute la nuit à Tahrir pour exprimer leur refus.
Ils disent ne pas croire un mot des paroles du maréchal, ministre de la Défense sous l'ancien régime et qu'ils
assimilent désormais à son ancien mentor, Hosni Moubarak, chassé en février dernier.
"Il est désormais clair que celui qui écrivait les discours du président déchu Moubarak est le même que celui qui écrit
les discours de monsieur le maréchal", ironise le "mouvement des Jeunes du 6 avril 2011" dans un communiqué.
"Tantaoui, c'est Moubarak copié collé. C'est Moubarak en tenue militaire", assure un manifestant, Ahmed Mamdouh, un
comptable de 35 ans.
Lors du soulèvement historique qui a renversé l'ex-président en février, la foule avait occupé en permanence l'emblématique
place Tahrir, dans le centre de la capitale, réclamant inlassablement le départ de celui qui a régné pendant trente ans sur l'Egypte.
Chaque discours de Monsieur Moubarak attisait davantage la colère des manifestants jusqu'à ce qu'il se voit vu obligé de
quitter le pouvoir le 11 février 2011.
La détermination de la rue, qui a déjà provoqué la démission du gouvernement mis en place par le pouvoir militaire,
laisse présager un bras de fer de longue durée, alors que les premières législatives depuis la chute de Monsieur Moubarak doivent débuter dans cinq jours, le 28 novembre 2011.
"Une deuxième révolution", titrait mercredi le quotidien gouvernemental Al Akhbar, tandis qu'Al Ahram notait: "plus la
période de transition se prolonge, plus la crise de confiance s'approfondit entre les deux parties".
"Le conseil (militaire) est le problème et pas la solution", avançait dans un éditorial le quotidien indépendant Al
Masri al Yom.
Les manifestations ont non seulement secoué le centre du Caire mais plusieurs villes du pays, avec des affrontements
notamment à Alexandrie et Port-Saïd (nord), Suez, Qena (centre), Assiout et Aswane (sud) ainsi que dans la province de Daqahliya, dans le delta du Nil.
Ce contexte de crise fait craindre que les premières législatives depuis la chute de Hosni Moubarak prévues dans
quelques jours ne soient émaillées de violences. Le maréchal Tantaoui a assuré qu'elles débuteraient à la date prévue, le 28 novembre 2011.
Le chef de l'armée a aussi accepté la démission du gouvernement du Premier ministre Essam Charaf, nommé par le conseil
militaire en mars pour gérer les affaires courantes, sans toutefois annoncer le nom du prochain Premier ministre.
Ces annonces ont été faites à l'issue d'une réunion du Conseil suprême des forces armées (CSFA) avec plusieurs
mouvements politiques, dont les influents Frères musulmans, pour chercher une issue à la crise.
Le CSFA a évoqué durant cette réunion la possibilité de nommer l'ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie
atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, comme nouveau Premier ministre, a affirmé à l'AFP une source militaire, mais cette hypothèse n'a pas été confirmée.
Monsieur ElBaradei a quant à lui dénoncé un "massacre" sur la place Tahrir, en accusant les forces de sécurité
d'utiliser "du gaz lacrymogène contenant des agents innervants".
Les Frères musulmans, qui représentent la force politique la mieux organisée du pays, ont boycotté la manifestation de
Tahrir mardi et appelé au calme, soucieux de voir le scrutin, pour lequel ils s'estiment en position de force, débuter comme prévu lundi.
Les Etats-Unis ont eux condamné "l'usage excessif de la force" par la police et demandé au gouvernement de protéger le
droit de manifester, tandis que trois Américains ont été arrêtés "en relation avec les manifestations", selon le département d'Etat.
CAIRE, Mohammed El DJAFAR pour la Voix du peuple
Pour une République Juste & Démocratique, Vous trompez le Peuple Nous dénonçons