CONGO BRAZZAVILLE SOS : POUR UNE VERITABLE POLITIQUE D' URBANISATION
En l’espace de 12 mois et quasiment aux mêmes dates, le Congo Brazzaville a connu deux catastrophes qui ont défrayé la
chronique. La première, le 21 mars 2011 avec le crach de l’avion-cargo de la tac sur un quartier d’habitation situé sur sa trajectoire d’atterrissage à Pointe-Noire. Bilan, plus d’une
vingtaine de morts et plusieurs blessés. La seconde le 03 mars 2012, apocalyptique, causée par l’explosion d’un dépôt de munition du camp de régiment blindé de mpila à Brazzaville, 280 morts
recensés officiellement, plus de 1500 blessés, 1400 familles déplacées et plusieurs quartiers complètement détruits.
Et là, il y a quelques jours, encore à Pointe-Noire, des inondations ont causé la désolation dans les quartiers populaires.
On a découvert avec frayeur les images apocalyptiques de ses familles dont les maisons ont été, à certains endroits, totalement englouties par les eaux, des voiries urbaines et des voitures
noyées dans plusieurs m3 d’eau.
Les dieux ne nous sont pas tombés sur la tête, nous sommes tout simplement rattrapés par des décennies de négligence et de
manque de politique d’urbanisation. Les catastrophes naturelles et les accidents dus à l’activité humaine ne sont pas l’apanage du Congo ou de l’Afrique, mais en plus de notre incapacité à
faire face aux situations d’urgence que génère ce type d’évènement il faut, malheureusement, ajouter notre inconscience à les prévenir. Les évènements meurtriers de mars 2011 et mars 2012 ou
les inondations à laquelle on peut adjoindre les éboulements ne se seraient, surement, jamais produits si l’état avait fait ce qu’il faut, notamment en termes d’aménagement urbain.
en effet, les villes au Congo se développent dans l’anarchie la plus totale, sans aucune politique de planification urbaine,
sans stratégie d’aménagement, sans politique de développement d’infrastructure de base (voirie urbaine, réseaux d’assainissement et d’évacuation d’eau pluviale et d’eau usée, sans
distribution d’électricité et d’eau potable), sans maitrise du foncier, sans politique de l’habitat, sans perspectives économiques… des quartiers populaires ont été construits à proximité de
sites dangereux (aéroports, sites militaires ou industriels, etc.) sans qu’aucun périmètre de sécurité ne soit respecté. On a bâti sur des zones inondables ou inconstructibles sans se soucier
de l’accessibilité et de la sécurité des populations.
Dans nos régions à forte pluviométrie personne ne s’est posé la question de la gestion des eaux en cas de forte pluie.
Quasiment pas de réseaux d’assainissements (collecteurs et canalisation d’eaux pluviale, bassin de rétention, système d’infiltration, digue, curage des cours d’eau traversant la ville, etc.)
dimensionnés en fonction de la transformation des bassins versant.
Le barrage d’imboulou est opérationnel depuis plusieurs mois, mais des quartiers entiers de Brazzaville ne peuvent pas
profiter de son énergie faute de réseaux de distribution. Un réseau qui n’a pas suivi l’extension de la ville et l’explosion de la demande en énergie.
Que dire du télécom ? Avoir une ligne fixe chez soi est un luxe, là encore parce que les investissements n’ont pas
suivi.
La jungle du foncier
À qui appartient la terre au Congo ? Qui a la main en matière d’aménagement de la ville ? Qui décide de lotir de nouveau
quartier ? À qui s’adresser quand on veut acquérir un lopin de terre ?
La gestion foncière est un casse-tête dans notre pays. Ventes illégales de terrain, les doubles ou triples ventes de
terrains, superpositions de parcelle, occupation illégale du domaine public, etc.… tout cela dans un contexte de crise de logement et de fortes pressions sur les zones urbaines et
périurbaines.
Il faut dire que la législation foncière au Congo Brazzaville est récente, a été longtemps balbutiante entre les textes des
milieux des années 1970 qui consacraient que la terre est (…) la propriété du peuple représenté par l’état et la conférence nationale qui a fini pas reconnaître les droits des propriétaires
fonciers ou coutumiers. Ce sont, encore, ces propriétaires fonctions qui ont la main, ce sont eux qui sont à l’initiative lors des opérations de lotissement qui sont plus des opérations de
vente et d’acquissions de terrain que des opérations d’aménagement de l’espace d’habitation.
Les autorités congolaises ont commencé à s’attaquer au problème en prenant des initiatives en matière de gestions foncières
(création du ministère des affaires foncières, adoptions de lois foncières, création d’agence publique…) et de protection du domaine publique. Nous avons notre chevalier du foncier, le
ministre pierre mabiala, qui ne rate pas une occasion de se donner en spectacle lorsqu’il s’agit de faire respecter les nouvelles lois foncières dont ses services sont le maitre d’œœuvre. Le
ministère est actif lorsqu’il s’agit de défendre le domaine public, mais qu’en est-il des opérations courantes de lotissement sur l’ensemble du territoire ? Son administration a-t-elle
suffisamment de moyen pour faire respecter la loi dans l’ensemble de la république ?
Logements sociaux
Il ne se passe pas un jour, sans que le gouvernement congolais nous annonce un projet de construction de logements sociaux.
Dans une émission dans laquelle il a participé, le ministre okiemy, porte-parole du gouvernement les a cités pour mettre en avant les actions sociales des autorités congolaises.
Plusieurs programmes de construction sont encours à Brazzaville, Pointe-Noire, Oyo, kinkala, ewo… les logements actuellement
en construction à kintélé, présenté comme une ville ou plutôt un quartier nouveau, sont destinés à recevoir les sinistrés de la catastrophe du 4 mars. Plus qu’une action sociale, ces
programmes tentent de répondre à la forte demande de logement dans notre pays. Combien de logements manquent-ils à Brazzaville, Pointe-Noire ou dolisie ? Combien en construisons-nous
?
Ces programmes rentrent donc dans le cadre d’une politique de construction dont l’état est le principal promoteur. Ces
logements sont subventionnés, c’est-à-dire que c’est l’état qui paye la plus grosse partie du coût de la construction et, sont destinés à la couche de la population qui ne peut pas se
construire un logement. Les logements sont conçus et construits par l’état et ensuite fournit clé en main à l’acquéreur qui rembourse son crédit en versant un loyer tous les mois sur une
vingtaine d’année. Ils ont, également, pour avantage d’être planifié et d’être construits dans un cadre aménagé doté de voirie et de réseaux divers.
Mais la construction de logement social n’est pas une nouveauté au Congo. Les quartiers dits och (de bacongo, de moungali,
du plateau, mounkondo, de Pointe-Noire) construit dans les années 70, l’ont été sur ce modèle. Et de social, ces logements n’ont que de nom. Ce ne sont, en effet, pas les congolais moyens ou
les plus pauvres qui vivent dans ces quartiers. Avec ses coûts de construction élevés, leur conception qui ne tient pas compte des réalités sociaux économiques des populations et l’immense
pauvreté dans laquelle elles vivent, ces programmes paraissent décaler et ont toutes les chances de connaître le même sort que leurs ainés qui, des années après leur construction se
retrouvent dans une situation déplorable par manque d’entretien.
La municipalisation accélérée
En 2002 ont été lancé les programmes de municipalisation accélérée, autre marqueur de la politique gouvernemental. On nous a
expliqué qu’en 2 ans, on allait transformer à coup de milliards de f CFA les villes ou capitales de régions qui allaient recevoir les cérémonies de célébration de la fête nationale. Cette
année encore, plus de 500 milliards de f CFA ont été budgétisés pour aménager et transformer la capitale du pool, kinkala qui a reçu des hôtes de marque le 15 août. Il faut attendre la fin
des 2 ans pour dire si la municipalisation accélérée de kinkala a atteint ses objectifs.
Mais, les images de Pointe-Noire, première ville à avoir bénéficiée (justement) de la municipalisation accélérée, sont là.
10 ans après, on ne peut pas dire que cette ville ait été totalement transformée. Il y a certes, un nouvel aéroport, de nouveaux bâtiments administratifs, de nouvelles voiries urbaines, mais
les problèmes sont restés entiers. Quoi qu’il en soit, la municipalité accélérée ne semble pas être à la hauteur des enjeux. Nous avons pris 50 ans de retard, ce ne sont pas des processus de
deux ans qui vont les combler. Sous d’autres cieux, les programmes urbains entre les études, l’exécution des travaux et la réception des derniers ouvrages, il peut se passer 20 ans. Et
surtout, on a, à la clé de véritable transformation. On n’a pas besoin d’aller loin, Malabo de 2012 n’à rien avoir avec le Malabo de 2002. Un vrai programme de transformation urbaine a été
mis en place.
La municipalisation accélérée est une politique de rustine (du bambissage), les congolais sont en droit d’en demander plus.
Depuis une décennie, on nous dit que Brazzaville est en chantier. Mais qu’est ce qui a, vraiment, changé ?
Où sont les nouveaux quartiers, les centres d’affaires, les autoroutes, les échangeurs ? Brazzaville n’a même pas une
société publique de transport en commun. Comment s’y déplace-t-on ? Comment y stationner ? Il n’y a pas de salle de cinéma, presque pas de théâtre, pas de centre commercial, pas de parc
d’attraction.
Perspectives économiques
Une ville moderne se définit aussi à travers son dynamisme économique. Quels sont les principaux axes de croissance
économique dans nos villes ? On parle de diversification de l’économie congolaise trop dépendante du pétrole. Penser urbanisme et aménagement c’est aussi imaginé l’économie de la ville. Des
infrastructures et des services de qualités, surtout quand ils sont dans un schéma global et cohérent, sont des natures à attirer les investisseurs. Au schéma de développement et de
déplacement urbain que j’appelle de tous mes vœux, on pourrait ajouter les immeubles de bureau, des universités, des instituts de formation, des centres de recherche et développement, des
sites touristiques et culturels… le tout dans un ensemble cohérent poursuivant des objectifs bien définis.
Des villes comme Casablanca n’attirent pas que des touristes. Beaucoup de familles d’Afrique subsaharienne y envoient leurs
rejetons y poursuivre des études supérieures. Cette ville a de bonne université, de bonnes écoles et instituts de formation supérieure qui forment chaque année des dizaines de milliers
d’étudiants qui viennent de toutes l’Afrique. Cette matière grise bon marché attire également les multinationales qui y installent non seulement des centres d’appel, mais également des usines
et des centres de recherches et développement.
Brazzaville est la ville administrative, Pointe-Noire la ville pétrolière et portuaire, dolisie longtemps centre de
l’exploitation du bois.
Vous remarquerez que ces configurations économiques sont l’héritage de la colonisation. Depuis les autorités congolais n’ont
pas su ou n’ont pas voulu donner de nouvelles perspectives économiques à nos villes. C’est peut-être cet objectif que cache la construction de l’aéroport d’ollombo. Sassou nguesso, veut,
peut-être, y créer un nouveau centre urbain, avec quels types d’activités économiques ? L’avenir nous le dira. Le projet s’il est bien mené, va être une première dans notre pays.
La ville se dessine
Quelles sont les orientations stratégiques de l’aménagement pour atteindre les objectifs de modernisation affichés par les
autorités congolaises ? Avons-nous analysé les déficits en transport, en logements, en immeubles de bureau, en services et équipements publics… et déterminer les programmes à mettre en œœuvre
et les différents investissements à réaliser pour rattraper le retard cumulé depuis plusieurs décennies?
Vous avez déjà décollé ou atterrie à l’aéroport de Brazzaville et de Pointe-Noire, peut-être avez-vous également connu la
même expérience en partant ou en arrivant à Roissy Charles de gaulle ou à Orly. La comparaison est difficile à faire puisque d’un côté vous avez des infrastructures aéroportuaires qui bordent
les quartiers populaires et de l’autre des infrastructures qui en sont éloignés.
Mais le survol des quartiers de Brazzaville montre une vue aérienne d’une
ville sans aucune cohérence, on a un habitat anarchique où aucune règle d’urbanisme n’est respectée, un cadre densifié sans
aucune âme. Rares sont les artères aménagées, la plupart des rues ressemblent à des pistes où il est difficile de circuler en voiture. Il n’y a pas de style architectural affirmé. Un auteur
disait de Brazzaville, qu’elle ressemblait à un gros village.
Nous n’avons pas encore bâti la ville
en 2007 Nicolas Sarkozy a lancé une consultation architecturale internationale pour « travailler sur un diagnostic
prospectif, urbanistique et paysager, sur le « grand paris » à l'horizon de vingt, trente voire quarante ans ». Un ministère dédié avait même été créé pour mettre en musique cette ambition
qui transcendait l’ensemble des clivages politiques.
Pourquoi le président Sassou nguesso ne ferait-il pas la même chose pour Brazzaville dont les frontières pourrait être
étendues jusqu’à ollombo et son aéroport moderne ?
Les évènements douloureux que nous avons vécus doivent nous pousser à réfléchir et proposer, au grès de nos expériences, des
idées pour améliorer le cadre de vie de nos compatriotes.
Justin osalikongo
Ingénieur voirie réseaux divers
«Un dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi »
Pour une République Juste & Démocratique, Vous Trompez le Peuple Nous dénonçons