CONGO BRAZZAVILLE : PAYS EMMERGENT D'ICI A L'AN 2025 ? Bernadin DILOU s'insurge contre l' UTOPISME DU CHEMIN D'AVENIR
UNE VISION UTOPIQUE
Depuis l’accession du Congo Brazzaville au PPTE (Pays Pauvre Très Endetté), le gouvernement n’a eu de cesse d’enivrer
les populations avec son nouveau crédo qui inscrit déjà le Congo au rang de « pays émergent » à l’horizon 2025. Et, comme si cela devait obéir à un rituel, les courtisans et les chantres
à la solde des tenanciers du pouvoir distillent à tout va ce nouveau breuvage au goût annoncé de simple slogan. Ils espèrent ainsi lever l’indignation d’un peuple déjà trop abusé par ce
qui reste de législatif et de l’exécutif. Mais, peut-on réellement prétendre au statut de pays émergent sans qu’on ait consenti à l’HOMME, la mesure de la place qui est la sienne au cœur
du dispositif devant conduire à un tel objectif, s’il en est un ?
Dans son discours sur l’état de la nation, le 15 août 2012, le premier des citoyens Congolais a lu texto : « Le Congo se nourrit aujourd’hui du bon pain qui forge la grandeur d’une
nation. Bon pain constitué du climat de paix, de justice, de stabilité politique, de l’ardeur au travail et des progrès socio-économiques ». Un condensé de contres vérités applaudies par
les parlementaires. De quoi se référer à Nietzsche qui disait : « On ment bien avec sa langue, mais avec la gueule qu’on fait en même temps, on dit la vérité quand même ».
Devenu pays PPTE, les populations congolaises ont immédiatement cru à des mesures d’urgences vu l’étendu de la
dégradation de la qualité de vie et de l’environnement socioculturel et économique. Mais, qu’elle ne fut à la surprise générale des populations de voir d’une part le gouvernement se déployer dans de nouveaux plans d’endettements et d’autre part de s’employer tous azimuts dans l’exécution de grands
travaux infra-structuraux, qui du reste sont les bienvenus et que nul ne peut contester. Sauf que, visiblement le gouvernement Congolais avec ses chantres et ses courtisans, y voient le
signe de la marche vers l’émergence. Mais, c’est sans compter avec les fondamentaux qui caractérisent un « pays émergent ».
Le Congo ne sera pas un pays émergent d’ici à l’an 2025
En effet, que faut-il entendre par pays émergent ? De sources internationales, économiques et financières, il se dit
d’un « pays émergent », « celui dont le PIB par habitant est inférieur à celui d’un pays développé, mais qui vit une croissance économique rapide et dont le niveau de vie converge vers
celui des pays développés ». À contrario, les populations qualifient de « pays émergent », celui dont les politiques socio-économiques et culturelles placent l’Homme au centre de tout
projet de développement. C’est un pays dont les politiques sont conçues dans l’intérêt premier des populations avec la garantie de subvenir à leurs besoins fondamentaux et de satisfaire à
leurs aspirations. À savoir, l’accès au travail et au droit du travail, l’accès à l’eau potable et à l’électricité, se nourrir et se vêtir, se loger et se soigner, s’instruire etc.. Par
conséquent, pour elles, la qualité de vie et de l’environnement sont autant d’exigences, de signifiants et de déterminants qui justifient le statut de « pays émergent ». C’est la vision
qui vaille et qui aurait dû inspirer le sultanat de Brazzaville. Hélas, il n’en est rien !
Avec un taux de croissance à deux chiffres, plus que mitigé, soit 10 %, le Congo peine à relever le niveau de vie de ses
populations qui croupissent dans une pauvreté extrême. Faute de vision politique et sociétale à même de favoriser un environnement propice au climat des affaires et de l’entreprenariat.
Mais aussi, faute de politique axée sur la mise en valeur du potentiel humain ou la dynamique de la ressource humaine et le bien-être des citoyens. C’est ainsi que toutes les
potentialités créatrices d’emploi s’en trouvent atrophiées et ipso-facto, le pays tout entier planté dans l’immobilisme et dans l’agonie du sous développement. Le Congo, en est encore à
s’engluer dans le nombrilisme politique, le tribalisme économique, le régionalisme militaire et la privation des libertés. En somme, tous les ingrédients nécessaires pour tourner en rond
et entraver la marche vers le progrès via l’Unité et le Travail comme il est inscrit dans la devise de la République du Congo.
Malgré le fait que rien ne vient augurer de l’amélioration des conditions de travail, de vie et d’existence des
populations Congolaises, l’intelligentsia du système politique dictatorial continuent de scander ce que l’on sait déjà être un énième slogan. Encore un nouveau concept détourné de son
sens originel par les tenanciers du pouvoir de Brazzaville, qui l’utilisent comme un anesthésiant pour asseoir leur hégémonie et consolider leurs stratégies politiques fondées sur la
terreur et la spoliation des deniers publics.
Pour ce faire, les tenanciers du pouvoir de Brazzaville ont décrété que le Congo sera au rendez-vous des « pays
émergents » d’ici à l’an 2025. Voilà qui est devenu le nouveau slogan des oligarques Congolais. Nul part ailleurs, on ne peut trouver meilleurs prestidigitateurs en matière de la pensée
unique. Certes, il n’est pas interdit de rêver. Mais, en matière d’économie ou de gestion tous les rêves ne sont pas permis. L’économie ou la gestion est un art soit, une science qui
repose sur des fondamentaux et des standards universels. C’est un domaine exigeant qui n’aime pas conjuguer avec les antivaleurs. Il s’appui notamment sur l’analyse d’un ensemble de
données macro-économiques à partir desquelles sont dégagés des objectifs, des projets, des prévisions, des budgets, des plans de financement et des réalisations etc. C’est donc à partir
de conceptions objectives et des suites logiques des idées incluant les aspirations et tenant compte de la qualité de l’environnement des populations que l’économie d’un pays trouve ses
notes de noblesse. En économie, il n’y a pas de place à la cartomancie ni à la voyance.
Il est clair que les tenants du pouvoir de Brazzaville ne semblent pas avoir pris la mesure de la crise financière qui
sévît dans les grandes économies du monde et qui ne peut pas ne pas avoir un impact négatif sur l’économie du Congo. Nonobstant la crise financière que redoutent même les pays développés,
les tenants du pouvoir de Brazzaville osent défier toutes les prévisions des institutions économiques et financières internationales. Par exemple, comme le publie « DOING BUSINESS », dans
le classement des économies de 183 pays du monde, le Congo est classé à la 181ème place (classement en fonction de la facilité d’y faire des affaires). Pas étonnant, les tenanciers du
pouvoir politique de Brazzaville sont connus pour leur propension à ne pas favoriser la stabilité et la paix et pour leur culture de refus systématique du compromis. Voilà qui fait du
Congo, un environnement moins propice aux opérations économiques, commerciales et financières. C'est dire, la méfiance que doivent afficher les investisseurs étrangers. Mieux encore,
selon les statistiques mondiales, l’espérance de vie au Congo est fixée à 55 ans ; le taux de mortalité est de 12,25% ; la mortalité infantile est de 76,05% ; le taux de mortalité des
moins de 5 ans est de 93% ; le PIB par habitant en dollars US (valeur PPA) est de 4600 $ ; la part du Congo dans les exportations mondiales est de 0,00% (en 2006) ; les dépenses
d’éducation en % du PIB est de 1,9% ; l’indice de corruption est de 2,2 (en 2011) ; l’indice de démocratie est de 2,15 (en 2011) ; l’indice de liberté civile est de 5,5 (en 2011) et
l’indice de développement humain est de 0,533. Comment alors prétendre au statut « de pays émergent », quand on sait que l’environnement économique du Congo ne reflète aucune embellie qui
pourrait inspirer la confiance des institutions économiques, financières internationales et des marchés ?
Le Congo ne sera pas un « pays émergent » d’ici à l’an 2025
Ce n’est une révélation pour personne car les faits parlent d’eux-mêmes. Paradoxalement, les tenanciers du pouvoir
politique de Brazzaville qui évangélisent et prophétisent sur l’industrialisation et l’émergence du Congo, pratiquent en simultané une politique de dépréciation des valeurs humaines et
citoyennes. Par voie de conséquence, la jeunesse qui constitue un socle potentiel et sûr pour le développement économique, culturel et social, ne fait l’objet d’aucune attention
particulière en rapport avec son insertion sociale et professionnelle. Pas un seul programme ambitieux de formation intellectuelle et technologique qualifiante, aucune initiative concrète
d’émulation et d’émancipation culturelle ne sont proposés à la jeunesse Congolaise. Au demeurant, les tenants du pouvoir mettent en œuvre des plans de déstabilisation de l’élan créateur
de l’Homme Congolais. Pour mémoire, alors que les banques sont en surliquidité au Congo, les citoyens et les quelques rares petites et moyennes entreprises existant sur le territoire
n’ont pas accès aux crédits. Entendu, ici la liberté d’entreprendre ou la libre entreprise est aliénée à dessein. Faut-il instruire le clan des tenants du pouvoir de Brazzaville du fait
que l’émergence n’est pas un don de l’Esprit-Saint, mais plutôt le fruit du travail acharné de l’Homme libre et en paix, émancipé, juste et de bonne mœurs ?
C’est une utopie que d’imaginer le Congo devenir « pays émergent » d’ici à l’an 2025. Si encore, la culture de
démocratie était de référence et que la liberté d’entreprendre était légion au Congo, nous pourrions nous permettre de rêver un tel sésame. En vérité, le sultanat de Brazzaville manque de
vision sociétale, à même d’asseoir l’espoir et les jalons de la cohésion nationale, facteurs et générateurs d’un mouvement de marche vers le développement intégrale de l’homme Congolais,
de son environnement et de surcroit vers le développement économique, social et culturel de la République du Congo. Le gouvernement Congolais, pour avoir fait allégeance au despotisme,
cumule toutes les caractéristiques qui ne favorisent pas la marche vers un idéal heureux pour le peuple Congolais. Fusse t-il, l’idéal de « pays émergent ».
Bernardin DILOU
«Un dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi »
Pour une République Juste & Démocratique, Vous trompez le Peuple Nous dénonçons