Source: Afrique Education n° 364
LES ASSASSINATS POLITIQUES AU CONGO BRAZZAVILLE : LA VÉRITÉ DE Maître Aloïse MOUDILENO MASSENGO
Numéro 364 - Congo-Brazzaville - Un an après la terrible explosion de la caserne militaire de Mpila
Un an après la
terrible explosion de la caserne militaire de Mpila…
Le mois de mars avait été, en 1977, un mois de grande douleur au Congo-Brazzaville. Pendant plus d’une semaine, à partir du 18e jour, le sang avait abondamment coulé : sang de Marien Ngouabi au début de l’après-midi, sang de l’ancien président Alphonse Massamba-Débat à la tombée de la nuit, sang du Saint Cardinal Emile Biayenda, sang à chaque aube suivante, de tous ceux qui pouvaient dire ce qui s’était réellement passé le 18 mars. Parmi ces témoins vite empêchés de témoigner : Ontsou, Mboro.
A la veille du mois de mars de l’année suivante, un procès de 50 faux assassins désignés par Sassou Nguesso et inculpés avec ardeur par le magistrat Jacques Okoko, envoya à la mort 10 d’entre eux : Dominique Sambadia-Nkumbi, Daniel Kanza, Ndoudi Nganga, Etienne Kinkouba, Simon Sissoulou, Germain Mizélet, Albert Konda, Grégoire Kouba, Daniel Kianguila, Pierre Dianzenza.
En 2012, le mois de mars, exactement, au matin de son 4e jour a encore jeté notre pays dans la tragédie : une grande caserne militaire, sans cesse alimentée en armes les plus dangereuses, a explosé : des dizaines de milliers de morts, d'handicapés à vie, d'orphelins. Ces armes, irresponsablement stockés en pleine ville devaient assurer la sécurité du régime et les quartiers Nord de Brazzaville contre toute entreprise des originaires Sud du pays.
Aujourd’hui, soit un an après, cette tragédie paraît oubliée en termes de recherche des responsabilités et de leçons à tirer afin que semblable catastrophe ne se reproduise plus. Le 4 mars 2012 n’est plus une actualité au niveau de ceux qui gouvernent le pays comme ne l’est plus ce qui s’était abattu sur le pays le 18 mars 1977.
Mais est-ce un oubli ? Est-ce une propension de notre peuple à ne plus vite se souvenir de ce qui l’accable ? Non. L’oubli des tragédies qui se succèdent dans notre histoire est une stratégie de la part de ceux qui nous gouvernent. Comme ce sont eux qui en sont à l’origine, qui les génèrent, ils forcent, tout de suite après, le peuple à ne plus s’en souvenir, sous peine d’autres tragédies.
Quelles tragédies notre peuple n’a-t-il pas été forcé à oublier à sa mémoire dépendante ? Oublier vite ce qui devait être utile à méditer longtemps et utilement. Comme les massacres gratuits après le putsch manqué de Kingaga le 23 mars 1970. Comme l’assassinat de Diawara et de ses 30 compagnons en 1973, après un autre putsch manqué. Comme l’assassinat de Pierre Anga en 1988 dans la forêt d’Ikonongo où il s’était réfugié après avoir publiquement accusé Sassou Nguesso d’être l’assassin de Marien Ngouabi le 18 mars 1977. Ces trois dates de sang – 1970, 1973 et 1988 – ne doivent pas être plongées dans l’oubli car elles illustrent de comportements inadmissibles de la par t d’un gouvernement, à savoir : se livrer à des châtiments de sang, à des exécutions là où ceux qu’on veut punir n’ont versé aucune goutte de sang, n’ont supprimé la vie à personne.
Chers Compatriotes, les nombreuses tragédies passées (assassinats de 1965, assassinats de Miawama, Kiyindou (1970), Diawara, Ikoko, Bakekolo (1973), Marien Ngouabi, Alphonse Massamba-Débat, Cardinal Emile Biayenda, Ontsou, Mboro, Tsibali (1977), Ndoudi Nganga et ses 9 compagnons (1978), Kikadidi (1978), Pierre Anga (1988), première guerre civile de 1993-1994, deuxième guerre civile dite d’Owando en 1997, troisième guerre civile (5 juin – 15 octobre 1997) quatrième guerre civile en 1998-1999, massacres en 1999 d’exilés qui tombent dans le piège d’une fausse promesse d’amnistie « disparaissent » une fois la frontière de leur pays franchie, procès sans lumière sur toutes ces tragédies depuis 3 décennies, sont l’œuvre d’une même main qu’on a qualifiée de noire et rouge. Cette main rouge et noire, c’est Denis Sassou Nguesso, l’homme qui vient de se faire appeler « (la main qui) n’a jamais tué personne ».
L’éternel président dont le peuple a toujours envie, comme le disait un slogan des années 80 : «Kaka Ngué »(1).
Autrement dit, le 4 mars 2012, c’est oublié, c’est fini comme l’indique la toute récente blague du ministre de la Communication, Bienvenu Okiémi: « au mois d’avril prochain, on saura toute la vérité sur le 4 mars ». Or tout le monde sait que le mois d’avril est celui des blagues, des informations fantaisistes. On peut nous annoncer des vérités totalement contraires à la réalité, des simples poissons d’avril.
Bref, la vérité, la justice traîne à propos de la tragédie du 4 mars. Non pas parce que ce qui s’est passé à Mpila est rempli de mystères mais parce que cette tragédie répète celles qui se sont succédé dans notre pays depuis le 18 mars 1977 et les mandats dont s’est investis Sassou de 1979 à 1992 et de 1997 à nos jours.
Au Congo, la tragédie, les explosions, la foudre, la mort subite ou massive dépendent d’un homme qui y règne comme jadis sur l’Olympe. Il y exerce les mêmes droits et lois fantaisistes que lui. Droit de mort sur tous, constitution flexible ou révisable à chaque moment, selon ses humeurs de l’heure.
Au Congo, Sassou Nguesso, c’est l’antique Zeus ou Jupiter. C’est plutôt Andzimba, le génie malfaisant des contes de nos pères : gardien apparent des coutumes le jour, brigand dès la tombée de la nuit ou semeur de terreur dans tous les endroits solidaires.
Chers Compatriotes, tous ces puissants ambigus – Jupiter, Andzimba – sont passés, ne sont plus de ce monde. Main noire et rouge Denis Sassou Nguesso passera aussi même si, « né vers 1943 » ou (1937 selon certains), il se croit destiné à vivre éternellement en s’abreuvant, comme d’un élixir, du sang de son propre peuple.
Me Aloïse Moudileno Massengo
(1) Slogan abandonné par la suite, son premier mot ne sonnant pas très agréablement à toutes les oreilles.
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