CHINE PRESIDENTIELLE 2012 : CHANGEMENT DE GENERATION
Le 18 ème congrès de parti communiste chinois pour changer de génération
Ouverture à Pékin du 18e congrès du parti communiste chinois, le 8 novembre 2012.
Le 18e congrès du Parti communiste, qui marquera le passage de témoin entre Hu Jintao et Xi Jinping, s'est ouvert jeudi 8 Octobre 2012 matin.
Xi Jinping le nouveau TIMONIER
C'est un texte totalement soporifique que le numéro un chinois, Hu Jintao, a prononcé jeudi matin en guise de discours d'adieu. Pas la moindre touche personnelle n'est venue égayer la lecture des 64 pages qui, en près de deux heures, sont venues dresser le bilan des actions du Parti communiste chinois au cours des cinq dernières années et les perspectives pour la décennie à venir.
À l'exception du concept de "civilisation écologique", peu de nouveautés sont venues bouleverser les thèmes - au demeurant louables - entendus à de multiples reprises au cours des dernières années comme le "changement de modèle de développement économique", "le développement par l'innovation", "le développement cohérent des régions urbaines et rurales", "le développement d'une puissance socialiste culturelle" ou encore "l'amélioration du bien-être de la population".
Sur le plan diplomatique, la modernisation des forces armées, la réunification avec Taiwan et la "volonté de maintenir la paix et le développement de l'humanité" ont été réaffirmées, le tout maintenu dans le cadre de la "construction du socialisme à la chinoise".
Si la réforme politique s'est vu pour la première fois accorder un chapitre, dans lequel sont abordés "la construction d'un État de droit", "la réforme administrative comprenant l'offre de bons services publics et le maintien de l'équité et de la justice sociale" ou la "surveillance des pouvoirs", le tout reste sous le couvert du parti unique au pouvoir. C'était pourtant - en principe - la dernière occasion pour l'homme qui a dirigé la Chine durant ces dernières années à la tête d'une équipe collégiale de se prononcer en public, devant un parterre aussi nombreux.
Tous les records d'inscription ont été battus pour ce 18e congrès du Parti communiste chinois (PCC). Outre les quelque 2 300 délégués du parti dans la salle, plus de 2 700 journalistes ont été accrédités, dont un millier venus spécialement de l'étranger, reflétant l'intérêt croissant que porte le reste du monde à cette Chine devenue depuis bientôt trois ans la seconde économie de la planète.
Ce rendez-vous très suivi devrait en effet se conclure, la semaine prochaine, par la transmission du pouvoir à une nouvelle génération communiste. Elle sera organisée selon le protocole complexe, mis en place au début des années 1990 par le dernier "empereur" Deng Xiaoping. L'actuel numéro un du régime, Hu Jintao, devrait remettre le 14 novembre sa casquette de secrétaire général du Parti communiste à son dauphin Xi Jinping, imité par tous les autres membres de l'équipe collégiale. Si tout se déroule comme prévu, Hu devrait conserver son titre de président de la République jusqu'en mars 2013, avant de le transmettre à son tour au même Xi. Il pourrait, comme ses prédécesseurs l'avaient fait, conserver la présidence de la commission militaire pendant encore deux ans, avant de la remettre aussi à Xi Jinping, finalisant ainsi une succession en trois temps.
Mais ce 18e congrès vient également conclure une année riche en coups de théâtre. Depuis le mois de février, "l'affaire Bo Xilai" a défrayé la chronique. L'ancien homme fort de Chongqing, qui rêvait d'entrer dans le cercle restreint des nouveaux hauts dirigeants, a été déchu à l'issue d'une série d'informations rocambolesques où se mêlaient rivalités politiques, idéologie, argent, sexe et espionnage. Son épouse a été condamnée à mort avec sursis et le flamboyant Bo Xilai pourrait être jugé dans les prochains mois. Le feuilleton, orchestré par la propagande et relayé quotidiennement sur les réseaux sociaux, a été suivi avec avidité par toute la jeunesse chinoise.
Puis les révélations par la presse américaine de l'ampleur de la richesse de plusieurs familles de hauts dirigeants (dont celle du Premier ministre réformiste Wen Jiabao et du dauphin du régime Xi Jinping, même si ni l'un ni l'autre n'ont été mis en cause directement) ont achevé de troubler les eaux toujours opaques et faussement calmes du système politique chinois.
Hu Jintao s'est contenté d'une allusion détournée à ces dossiers délicats qui ont passionné l'opinion chinoise et internationale cette année. "Nos cadres dirigeants, en particulier ceux d'un rang élevé, sont obligés de respecter consciencieusement les disciplines d'intégrité, faire un compte rendu sur toute affaire importante les concernant ainsi que leur famille et rester sévères envers eux-mêmes en matière d'intégrité tout en renforçant l'éducation et les contraintes à l'égard des membres de leur famille, de leurs proches et de leurs assistants. Il leur est absolument interdit de rechercher des prérogatives en abusant de leurs pouvoirs", a-t-il relevé, de la même voix calme, dans l'avant-dernier point de son discours...
Tous les protagonistes étaient présents, à l'exception de Bo Xilai, en prison ou en résidence surveillée - on ne sait pas ! - dans l'attente de son procès. Le sourire du Premier ministre Wen Jiabao paraissait plus forcé que d'habitude, le dauphin Xi Jinping se composait un visage neutre. Les anciens ténors de la scène étaient également là. En particulier l'ex-président Jiang Zemin, 86 ans, assis au centre de l'estrade, les yeux mi-clos, mais visiblement toujours attentif. Il a échangé une poignée de main avec le président Hu à l'issue de son discours, histoire sans doute de faire taire les rumeurs sur les tensions entre les deux hommes et leurs partisans respectifs.
L'ancien conseiller du président Jiang et grand rival du président Hu, Zeng Qinghong, qui avait été "sorti" de l'équipe dirigeante du régime en 2007 mais continue à être très influent à Shanghai et auprès de nombreux "Princes rouges" (enfants d'anciens dirigeants), était également là, l'oeil vif. Seul l'ancien Premier ministre Zhu Rongji, toujours très respecté pour les grandes réformes économiques qu'il mena lors de son passage au pouvoir de 1992 à 2003, avait l'air particulièrement vieilli et absent.
Les trompettes de l'orchestre militaire ont joué les mêmes refrains qu'il y a 30 ans, à l'exception de l'Internationale communiste qui semble désormais sortie du répertoire officiel. Une minute de silence a été demandée à la mémoire des pères fondateurs du régime (Mao Zedong, Zhou Enlai, Liu Shaoqi, Zhu de, Deng Xiaoping, Chen Yun "et les autres"...). Face à l'apparence immuable de cette direction chinoise, toujours aussi peu féminisée, où dominent les costumes gris et les uniformes militaires, le contraste est apparu d'autant plus saisissant avec les images de l'élection américaine que les quelque 700 millions d'internautes chinois se sont renvoyées ces derniers jours, en dépit d'un réseau cybernétique fortement brouillé par la censure.
Pourtant, une grande excitation était perceptible à l'ouverture du congrès sur les marches du Palais du peuple, lorsque sont arrivés les délégués venus de toutes les provinces chinoises. Alors que se croisaient les manteaux en peau d'ours des Mongols, les toques argentées des femmes de l'Himalaya, les vestes chamarrées des Tibétains, les calottes musulmanes des Ouïghours et les costumes sombres des Hans, jamais peut-être les représentants de l'empire le plus peuplé de la planète n'étaient apparus aussi nombreux et diversifiés. Mais jamais non plus, au sortir d'une session inaugurale d'un congrès, le décalage ne semblait aussi fort entre le discours officiel et la réalité du terrain chinois. Parmi les journalistes chinois, venus par centaines, flottait de manière très perceptible un sentiment d'amertume mêlé d'inquiétude...
LES DÉFIS À VENIR DE XI JINPING
Il a longtemps été moins connu que son épouse, la chanteuse Peng Liyuan, ou que son père Xi Zhongxun, compagnon de route de Mao Zedong. Mais cela est en train de changer :
Xi Jinping, 59 ans, s’apprête à diriger la Chine, deuxième puissance mondiale, et son 1,3 milliard d’habitants. Après son intronisation à la tête du PC chinois mercredi prochain, à l’issue du Congrès du Parti qui a débuté hier, il sera reconnu en mars comme président de la République populaire de Chine par l’Assemblée nationale, pour cinq ans. S’il devrait s’atteler à prolonger la politique de Hu Jintao, Xi Jinping sera confronté à d’importants défis. La Chine affiche certes une forte croissance (7,4 % au troisième trimestre), mais l’économie donne des signes de faiblesse et les tensions sociales ont rarement été aussi élevées.
Un climat social tendu
En 2011, pas moins de 180 000 «incidents de masse» (soit des manifestations impliquant au moins 500 personnes ont été officiellement recensés par les autorités à travers le pays. Des chiffres qui inquiètent au sommet du pouvoir. Car si la croissance spectaculaire enregistrée par la Chine ces dernières années (10,7 % en moyenne entre 2002 et 2011) a permis à des millions de personnes de sortir de la pauvreté, les inégalités se sont creusées : le pays recense un million de millionnaires en dollars, mais compte aussi près de 450 millions de pauvres (moins de 2 dollars par jour). Dans un sondage réalisé récemment par le Quotidien de la jeunesse chinoise, 75,4 % des personnes interrogées les considéraient comme une menace. «Le pouvoir d’achat des Chinois a été multiplié par dix au cours des dernières années, mais ce qu’ils veulent désormais ce sont des crèches et des hôpitaux, estime Pierre Picquart, spécialiste de la Chine. Xi Jinping sera attendu sur les réformes sociales comme les retraites ou la sécurité sociale».
La réduction des inégalités sera d’autant plus prioritaire qu’elle est nécessaire à la poursuite de la mutation de l’économie amorcée par Hu Jintao.
Vers une évolution de l’économie
Longtemps tirée par les exportations, la croissance passe désormais par le développement du marché intérieur, notamment dans les terres. «Après avoir enrichi la côte Est, les dirigeants chinois sont partis à la conquête de l’Ouest», explique Pierre Picquart. Hier, lors de l’ouverture du Congrès du PCC, Hu Jintao a ainsi fixé comme objectif d’ici à 2020 le «doublement du PIB» et du revenu par tête, actuellement proche de 3 500 dollars par an dans les villes. Le président sortant a également insisté sur la lutte contre la corruption, fléau en Chine. «Si nous échouons à traiter cette question correctement, elle pourra s’avérer fatale (et) provoquer l’effondrement du Parti et de l’Etat», a-t-il averti, faisant référence aux récents scandales qui ont touché des hauts responsables du Parti communiste chinois.
Pekin, Lee xiao FUNG pour la Voix du peuple
«Un dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi »
Pour une République Juste & Démocratique, Vous trompez le Peuple Nous dénonçons