RÉACTION DE CLÉMENT MIÉRASSA AU DISCOURS DE DENIS SASSOU
NGUESSO

Le Président réélu de la République du Congo a prononcé un discours d’orientation, à valeur d’un programme de société. A travers cet entretien Clément Miérassa, un des leaders de l’opposition Congolaise apprécie à sa manière le discours de Denis Sassou Nguesso.
Propos recueillis par Hadridh Michel
Le Nouveau Regard : Monsieur Clément Miérassa, le président de la République venait d’être réélu, démocratiquement, votre commentaire ?
Clément Miérassa : Merci pour la question monsieur le journaliste. Je vous dirai d’abord que nous sommes extrêmement préoccupés de la situation du Congo que nous avons tenu à relever pendant la campagne électorale. Nous avons tenu à relever qu’il y avait une crise de confiance entre les congolais et les acteurs politiques. Nous avons assisté ou nous avons vécu cette cérémonie de prestation de serment et nous continuons de dire, de façon très nette, le président Sassou a été très mal élu. Je crois que vous suivez les débats qui se déroulent actuellement au Niger, les débats qui se déroulent au Gabon, il apparaît très clairement et nous l’avons toujours très clairement aussi dénoncé, il n’y a pas eu au Congo, fiabilité des listes électorales, il n’y a pas eu maîtrise du corps électoral. Et en fait, nous avons toujours déploré les conditions de cette élection qui n’a pas été en fait, libre, démocratique et transparente, comme nous le souhaitons et comme semble le clamer le président de la République aujourd’hui. Nous avons une situation de faits. Mais vous, vous savez que nous avons opté pour le changement et la rupture. Et, nous entendons poursuivre notre combat en vue du changement et de la rupture dans ce pays.
LNR : Comment avez-vous appréhendé son discours d’investiture dans son intégralité ?
Clément Miérassa : Je pense que ce discours est une référence à mon avis qui va retenir notre attention pendant longtemps. Premièrement, j’ai noté que le président Sassou a déclaré qu’il a pris la mesure des attentes des congolais. Et c’est dommage qu’il n’ait pas cerné toutes les attentes. Parce que parmi les attentes qu’il cite, il a omis et il le sait, de citer que les congolais veulent d’une élection libre, démocratique et transparente. Et ceci, par une commission électorale indépendante. Il a omis aussi de dire que, en réalité, il a rassuré les congolais pour dire que tout se passait bien. Mais, en réalité, les congolais ont été convaincus que c’était un système de tricherie, de fraude, qui était monté, dans lequel l’Etat, au niveau le plus élevé est fortement impliqué. A chaque fois, nous avons dénoncé ce problème des listes électorales. A chaque fois, nous avons dénoncé le manque de maîtrise du corps électoral. Il y a même des diplomates qui ont eu à relever ces faits. Et à chaque fois on nous a dit que tout se passait très bien. Et même après la proclamation des élections nous avons tenu à dénoncer que le système était pipé dès le départ et qu’il était monté pour faire approuver l’élection du président Sassou. En termes d’attentes, en fait, le président sait que les congolais ont massivement rejeté sa candidature. Puisque contrairement à la mobilisation qu’il prétendait susciter lors des campagnes, il s’est rendu compte au moment du vote que les congolais, non seulement ont rejeté sa candidature mais également rejeté le projet de société bref ! Il y a un certain nombre de choses qui ont été dites. L’autre fait marquant que nous avons relevé dans ce discours, c’est qu’il y a un opposant qui s’appelle Denis Sassou Nguesso. Parce que, tout ce que nous avons dénoncé pendant la campagne, tout ce que nous avons toujours relevé, nous avons été surpris que devant ses pairs, devant l’opinion nationale et internationale, le président Sassou soit venu dire, que son bilan au Congo est négatif. La Nouvelle Espérance au-delà du bruit qu’on a fait, que les courtisans, les autres ont fait, le bilan est fortement négatif. Puisque le président a reconnu lui-même qu’il y avait la corruption dans ce pays, la gabegie, le détournement. Mais ce qui est plus grave, c’est le constat qui est fait par un chef d’Etat mais qui est en réalité impuissant d’arrêter tout cela. Et même quand il a fait ces déclarations, on sent toujours le constat d’impuissance. Je crois que vous avez suivi le dernier conseil des ministres où la tendance du président était de rejeter la responsabilité de ce bilan négatif sur ses collaborateurs, ce qui n’est pas acceptable. Parce qu’en 2002, le président Sassou a proposé au peuple congolais une constitution que tout le monde connaît, qui a institué un régime présidentiel ; c’est le président de la République qui est responsable. Alors vous savez qu’on est devant un paradoxe. Il semble que les congolais ont brillamment élu le président Sassou et le président Sassou se présente devant les congolais pour dire vous m’avez élu, mais mon bilan est fortement négatif. Qu’est ce que l’on fait ? La solution qu’il semble proposer c’est de dire qu’il va choisir des gens. Mais on entend cela depuis longtemps. Le président Sassou a été responsable au sein du PCT ; l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, a été son slogan d’hier. Donc pour nous, ce n’est pas maintenant qu’il va changer. Et nous avons découvert à travers le bilan qu’il a fait de sa propre action, le caractère négatif, l’aveu d’échec. Et les propositions qui sont faites en termes de modernisation, d’industrialisation, ne rassurent guère. Mais le président sait, qu’il y avait un puissant secteur d’Etat dans ce pays, qu’est ce qu’il est devenu ? Ce n’était pas l’approche déjà de l’enrichissement du pays, en vue de la modernisation et de l’industrialisation ? Tout cela s’est écroulé devant lui, qu’est ce qu’il a fait ? Il a promis de créer des emplois pour des jeunes, il ne l’a pas fait. Qu’est ce qui l’a empêché de le faire après que l’Etat ait eu à engranger plus de 11 mille milliards de francs Cfa. Donc à mon avis, nous avons quelqu’un qui a le dos au mur, qui a conscience que le vote ne s’est pas passé dans les conditions normales, que le taux d’abstention a été de près de 90%, qui sait que son projet de société ne passe pas et qui veut trouver des bouc-émissaires au niveau de ses collaborateurs immédiats. Mais je crois que c’est une vision qui sera dépassée. Il faut qu’il accepte d’assumer les responsabilités qui sont les siennes et qu’il tire les conséquences. Voyez, prenez même l’exemple ; le mandat passé, il n’a fait que violé la constitution. Tous les congolais savent qu’il n’a pas déclaré ses biens au moment de la prestation de serment, il n’a pas encore mis en place une nouvelle équipe gouvernementale. Dans l’équipe qui continue à travailler, il y a un premier ministre anticonstitutionnel. Je sais qu’il habite encore sa résidence. Donc vous voyez qu’on a très mal commencé ce septennat et le Congo est dans une situation de crise qui, à mon avis, devrait appeler qu’on aille vers une concertation de toutes les forces politiques du pays pour qu’on sorte ce pays de la situation dans laquelle il se trouve présentement.
LNR : A propos du projet de loi sur l’amnistie en faveur du président Pascal Lissouba, qu’en dites-vous ?
Clément Miérassa : Vous savez qu’au niveau de l’opposition, nous nous sommes toujours battus pour la réconciliation nationale. Et nous avons toujours critiqué cette façon sélective de régler les problèmes, comme celui de l’amnistie. Vous avez vu qu’on a vécu l’amnistie de Bernard Kolélas, de Yombi. Et ce qui est plus grave dans l’amnistie de Yombi, c’est qu’en réalité ce sont les faits qui sont amnistiés et pas les hommes. Et les faits pour lesquels le président Yombi avaient été condamnés, à ma connaissance sont les mêmes pour lesquels les ministres Benoît Koukébéné, Nkombo Moungounga Nguila et puis le président Pascal Lissouba ont été, également, condamnés. Donc nous avons déjà critiqué cette façon sélective de résoudre ce problème. Nous nous réjouissons de l’annonce de la loi d’amnistie pour le président Lissouba. Mais nous disons, qu’il ne s’agit pas seulement de l’amnistie du président Pascal Lissouba comme les amis de l’UPADS l’ont déjà relevé. Pascal Lissouba était le président de la République, c’était lui le chef, les autres étaient des exécutants. Peut-on imaginer qu’on amnistie le chef et que les exécutants puissent continuer à être condamnés ? Nous disons que c’est une chose qui n’est pas acceptable. Donc pour nous, nous sommes heureux que nous allions dans cette vision de la réconciliation nationale. Mais il faut qu’on aille une fois pour toute. Donc il faut que cette amnistie s’applique également pour les ministres Benoît Koukébéné, Nkombo Moungounga Nguila, Philippe Bikinkita et tous les autres. Et que, en dépit du temps qui est passé, puisqu’il y a un dicton qui dit « Vaut mieux tard que jamais », il est mieux que cela s’applique et que ces congolais puissent venir circuler librement dans ce pays.
Figurez-vous que nous sommes préoccupés de constater que même les conflits comme ceux que la Côte d’Ivoire et la RDC ont connu bien après nous, ont permis de faire que dans ces pays là, il n’ait pratiquement plus d’exilés. Il est regrettable que chez nous, après même que le président Sassou ait été le président de l’Union africaine, qu’il ait eu à s’occuper de ces conflits etc. qu’il y ait encore des exilés dans notre pays. Il faut qu’on mette fin définitivement à cette situation.
LNR : Avez-vous une vision pour le Congo de demain, surtout que le président Sassou va le conduire sur le Chemin d’Avenir ?
Clément Miérassa : Je crois qu’il y a beaucoup de choses qui se disent sur ce Chemin d’Avenir. Personnellement, j’ai eu l’occasion d’être candidat, j’ai eu l’occasion de présenter mon projet de société, de faire un message aux congolais de près d’une dizaine de minutes. Et je suis heureux de constater qu’aujourd’hui, le président Sassou partage les analyses que nous avons faites. Je ne parle pas du bilan, puisque notre point de vue nous l’avons toujours crié haut et fort. Mais je constate que contrairement aux promesses qu’il a faites ici et là, maintenant en 2011, il promet que la municipalisation accélérée aura lieu dans Cuvette Ouest. Or mon point de vue est clair, cette municipalisation accélérée devrait être arrêtée. J’ai déjà développé un certain nombre de choses. Maintenant en ce qui concerne l’avenir, il faut que le président Sassou sorte de cette vision déjà dépassée de faire tous les jours des constats. Il s’agit de passer à l’action. Quand il parle des profiteurs au niveau de l’Etat, des détournements de fonds, ce sont des choses qui peuvent être établies. Son ministre de finances a dit il n’y a pas très longtemps que 60% des marchés publics étaient bidons, mais c’est facile à vérifier. Lui-même a décrié à plusieurs reprises les opérateurs économiques véreux, qui avaient pris l’argent de l’Etat et qui n’avaient rien exécuté. Parce que combattre la corruption, ce n’est pas à travers les discours. Et quand nous revoyons bien l’histoire de ce pays, le président Sassou parle du combat de la corruption pratiquement depuis son entrée en politique. On peut se souvenir des moments forts du 3è congrès extraordinaire du PCT en 1979, il y a 30 ans, on a condamné les mêmes maux. Et, 30 ans après, ce n’est pas difficile pour le président Sassou de constater que, on s’est d’abord enfoncé, la corruption a augmenté dans notre pays, au lieu qu’elle soit éradiquée. Donc à mon avis, même quand le président Sassou parle de la lutte contre la pauvreté comme stratégie de développement, nous n’avancerons pas dans la lutte contre la pauvreté s’il n’y a pas de bonne gouvernance, s’il n’y a pas la transparence, s’il n’y a pas les sanctions, si l’on ne met pas à nu et on n’établit pas les responsabilités de ceux qui ont détourné l’argent public etc. Il vous souviendra même que le président de la Conel, Henri Bouka devant les tergiversations qu’ils ont eu en leur propre sein, sur le chiffre du corps électoral, il a dit : « Au sortir de cette situation, il faut que des responsabilités soient établies parce que cette situation remonte à 2001 et 2002 ». Le peuple congolais attend le président Sassou sur la résolution de ces actes concrets. Et en ce qui nous concerne nous pensons que le président a omis certainement dans son projet de société de le mettre, il a omis dans son discours d’investiture d’en parler. Nous revenons sur la situation des élections et il faut que nous allions vers la restauration de la démocratie dans le pays. Et cela se fera par l’organisation des élections libres, démocratiques et transparentes. Cela passe par le respect des engagements internationaux que le Congo a pris en ce qui concerne l’organisation des élections. Cela passe par la mise en place d’une commission électorale indépendante au sein de laquelle on va extirper toutes les personnalités, préfets, sous-préfets, secrétaires généraux etc. nommés par le pouvoir. Nous avons déjà eu ces débats, on ne reviendra pas là-dessus. Donc à mon avis, devant le constat d’échecs, devant l’aveu d’échecs que le président a fait lui-même sur la Nouvelle Espérance ; il veut nous faire des propositions sur le Chemin d’Avenir, mais qu’il explique, d’abord, aux congolais quelles sont les raisons qui ne lui ont pas permis de réussir la Nouvelle Espérance et quelles sont les dispositions qu’il entend prendre pour que son fameux Chemin d’Avenir puisse être une réussite. En ce qui nous concerne, nous considérons que ce Chemin d’Avenir a été rejeté par le peuple congolais.
LNR : Récemment le FPOC venait de renouveler ses instances dirigeantes au sortir d’une convention, pouvez-vous nous signifier sa politique pendant les sept ans à venir ?
Clément Miérassa : En février nous avions tenu nos états généraux et récemment nous venons de tenir une convention. Comme vous le dites si bien, nous avons renouvelé nos instances et là-dedans j’ai été très heureux de la confiance qui a été placée en moi, en me donnant les fonctions de vice-président chargée des questions politiques et électorales, donc il faut que nous travaillions. Notre cahier de charges est bien connu. Vous savez bien qu’aux états généraux nous sommes sortis avec un cahier de charges de près de 14 points. La convention nous a permis de repréciser un certain nombre d’objectifs dans notre combat politique. Je pense qu’au niveau du Front, nous allons continuer à nous battre pour le changement, la rupture et l’alternance démocratique. Et je pense que l’un des aspects que nous allons continuer à privilégier, c’est également le combat que nous menons depuis, pour la tenue et l’organisation dans ce pays des élections libres, démocratiques et transparentes. Donc nous allons faire le jeu. Nous allons continuer notre combat dans une situation extrêmement compliquée et difficile que nous connaissons. Et je pense que nous sauvegarderons notre unité et nous allons constituer une force à mon avis qui va peser sur l’échiquier politique congolais.
LNR : Ces derniers temps la libre circulation des leaders du FPOC est mise en cause, qu’est ce que le pouvoir vous reproche-t-il exactement ?
Clément Miérassa : Bon, je crois qu’il faut relever que le pouvoir a très mal commencé. Parce qu’il a commencé par la violation de la constitution. Notamment dans ses aspects qui sont relatifs aux libertés individuelles. Nous-mêmes, nous avons été surpris d’apprendre que le premier ministre Ange Edouard Poungui n’a pas pu voyager, le 14 août dernier. Semble-t-il parce qu’on souhaitait que tous les responsables politiques congolais, selon le ministre Alain Akouala, soient sur le territoire national pour les festivités de l’indépendance. Mais ce qui est plus grave, c’est qu’après ces festivités le 16 août, le premier ministre Poungui n’a toujours pas pu voyager. Et un autre, notamment le général Emmanuel Ngouélondelé, qui avait un rendez-vous médical n’a pas pu voyager, le lundi 17 août également, semble-t-il pour les mêmes raisons. Alors devant ce genre des violations de la constitution, nous réagissons vivement, et nous ne l’acceptons pas. S’il y a des griefs qui doivent être reprochées aux membres ou aux responsables de l’opposition, je pense qu’il y a de procédures qui doivent être observées. Il y en a parmi eux qui ont pris des avocats pour essayer de comprendre et partout où ils sont passés, l’affaire semble ambiguë. Or notre compréhension est claire, l’opposition, actuellement, gêne énormément le pouvoir. Et je suis sûr que le président Sassou depuis qu’il mène la politique n’a jamais eu en face de lui, une opposition telle que le Front des partis de l’opposition s’est organisée maintenant, et cela pose problème. Parce que les gens ont été préparés à la culture du parti unique. Ils ont été pratiquement préparés à caporalise les institutions. Ils ont été préparés à une vision monolithique, qui fait que le pays est en train de régresser. Or, nous sommes en train de suivre cette situation. Nous venons de tenir une conférence de presse où nous avons reprécisé cela. Alors ce n’est vraiment pas nous en tant qu’opposition, qui sommes responsables de l’échec ou du bilan négatif du président Sassou. Ce que nous voulons, il faut que les libertés soient respectées.
Tous les Congolais sont égaux devant la loi et quand il y a des reproches qui doivent être faits, la procédure doit être suivie. Alors il ne faut pas qu’il y ait quelqu’un qui pense qu’il va nous intimider. Non ! Nous, nous allons mener notre combat et nous allons chercher à comprendre exactement qu’est ce qui se passe. Si nous devons répondre d’un certain nombre d’actes, alors nous répondrons. Mais aussi, que cela ne nous ait été signifié, on ne peut pas nous supprimer nos libertés. Donc actuellement, c’est une de nos préoccupations au niveau de l’opposition et nous allons continuer à suivre ce problème pour que nous voyions jusqu’où il pourra aboutir.
Brazza ville, STEVE OBORABASSI pour La Voix du Peule
P Pour une République Juste et Démocratique. Vous trompez le Peuple, Nous
dénonçons
v