CONGO Brazzaville : LE MINISTRE OUABARI MARIOTTI S'INSURGE CONTRE LES VIOLENCES
De grâce,
Epargnez-nous des violences.
Nous avons assez pleuré.
Etablis à l'étranger, au lendemain des affrontements militaires entre le camp du Président Pascal Lissouba et celui du Président Denis Sassou-Nguesso, le 5 juin 1997, nombreux sont ces Citoyens de la République du Congo, comme moi, qui n'ont jamais rêvé de vivre cette situation.
Nous sommes partis du pays sous les bombes. Nous avons laissé des maisons éventrées, des familles dispersées, des tombes sans adieux, des corps sans sépultures. L'expatriation na pas été un choix. Elle a été une survie. Et depuis ce jour de juin 1997, le bruit d'une arme à feu nous fait encore sursauter, même à des milliers de kilomètres du sol de la République du Congo.
Aussi, la violence, sous toutes ses formes, par principe et par notre culture, nous la rejetons et refusons même d'en entendre parler. Car chez nous, en République du Congo, le mot est d'abord un palabre, avant d'être un affrontement. La parole précède le fusil, l'élimine même.
Or, il circule de manière virale, sur les réseaux sociaux, une information selon laquelle des coups de feu auraient été tirés ces derniers temps, dans le Département du Pool, en République du Congo. Des terres congolaises qui en ont déjà bien trop souffert dans le passé. Le Pool est notre mémoire blessée. Et quand les fusils parlent dans le Pool, leur écho retentit sur tout le territoire congolais, avec de graves répercussions sur les Congolais de l'intérieur et de la diaspora. Quand le Pool pleure, c'est tout le Congo qui saigne. Brazzaville retient son souffle, Pointe-Noire, Dolisie, Madingou Gambome, Oyo et autre Ouesso s'inquiètent. La diaspora à Paris, Bruxelles, Londres, Berlin et autre New-York ne dort plus.
Epargnez-nous des violences. Aux
Congolais de l'intérieur du pays, déjà fragilisés par les difficultés de la vie au quotidien, le coût de la vie, le chômage, la débrouillardise, les violences dans le Pool, si elles sont avérées, n'arrivent que pour aggraver leurs souffrances. Un peuple qui lutte déjà pour manger, pour se soigner, pour scolariser ses enfants, n'a pas besoin d'une nouvelle peur. Il a besoin de paix pour panser ses plaies.
Aux diasporas congolaises, ces violences aggravent la pénibilité morale de l'expatriation. Nous vivons déjà avec le cœur coupé en deux. Une partie ici, l'autre là-bas. Chaque rumeur de guerre nous arrache le sommeil. Nous appelons nos familles qui répondent avec effroi, et l'angoisse nous ronge.
Alors nous posons la question centrale. Qu'est-ce que les autorités de la République du Congo, toutes instances confondues, ne peuvent donc pas dénouer par le dialogue au point d'en arriver aux armes ? Et de l'autre côté, qu'est ce que ceux qui sont animés par des relents militaristes dans le Pool refusent de solutionner par la négociation avec ceux qu'ils combattent, au point de décider d'aller en guerre ?
Aux uns et aux autres, quelle qu'en soit la nature et le fond de la querelle, du malentendu, la volonté de s'imposer ou d'en finir avec ce qui pourrait être l'autre camp, nous demandons une seule chose. Épargnez-nous des violences. Violences en 1997. Violences en 1998. Violences en 1999. Violences en 2002-2003 dans le Pool. Violences en 2015-2016. Violences aux périodes que j'oublie. Les noms changent, les sigles changent, mais les larmes des mères restent les mêmes. Nous n'en voudrions plus. Plus jamais.
La République du Congo, État laïc, aux institutions légales et aux ressources humaines immenses, dispose des clés commodes pour des voies de règlement appropriées et pour mettre la nation congolaise à l'abri de ces dérapages violents dont elle a déjà trop souffert.
Nous avons une Constitution. Nous avons un Parlement. Nous avons des sages, des chefs traditionnels, des églises, des associations, des intellectuels. Nous avons le dialogue comme arme première. Servez-vous en. La République du Congo
n'a pas besoin d'une nouvelle guerre. Il a besoin d'écoles, d'eau, d'électricité, de carburant, d'hôpitaux, de routes. Il a besoin de réconciliation, pas de représailles.
Épargnez-nous des violences. Le Congo a assez pleuré.
Paris 8 octobre 2026
Ouabari Mariotti