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COTE D'IVOIRE : LES SUITES DE L'AFFAIRE DEGUERPISSEMENT DE KOUMASSI

ÉDITO: Le bulldozer contre l'ACD.
À Koumassi Campement, ce ne sont pas seulement des maisons qui ont été détruites.
C'est une idée.
 
L'idée selon laquelle, en Côte d'Ivoire, un citoyen qui respecte les procédures de l'administration finit par être protégé par elle.
 
Pendant des années, on a demandé aux populations de payer, de déposer des dossiers, de courir derrière des signatures, des cachets, des attestations et des ACD. Elles l'ont fait. Elles ont payé ce qu'on leur demandait de payer. Elles ont obtenu les documents qu'on leur demandait d'obtenir. 
 
Elles ont cru à la parole de l'administration parce que, dans un État organisé, la signature publique est censée valoir davantage qu'une promesse de campagne ou qu'une relation influente.
Puis sont arrivés les bulldozers.
 
Et soudain, les papiers délivrés par l'administration ont semblé avoir moins de poids que les chenilles des engins venus les écraser.
Le drame de Koumassi n'est pas seulement qu'on ait déguerpi des populations. 
 
Des déguerpissements existent partout dans le monde. Le vrai scandale est ailleurs.
C'est ce mépris tranquille infligé aux propres actes de l'État.
 
Comment expliquer à un citoyen qu'il a été assez propriétaire pour payer des taxes, assez propriétaire pour obtenir des attestations, assez propriétaire pour recevoir un ACD, mais plus assez propriétaire lorsque les bulldozers arrivent ?
 
Comment expliquer qu'aucune véritable mise en demeure préalable n'ait permis à des familles de défendre leurs droits, de saisir les juridictions compétentes ou simplement de préparer leur départ avec dignité ?
 
Dans cette affaire, les maisons ont reçu moins d'égards que des véhicules mal stationnés.
Le message envoyé est terrible.
 
Il dit à chaque Ivoirien que le document qu'il conserve précieusement dans une chemise peut, un matin, ne plus valoir grand-chose.
Il dit que le cachet de l'administration peut être fort quand il s'agit d'encaisser, mais étonnamment fragile lorsqu'il s'agit de protéger.
Il dit que la sécurité juridique est parfois une promesse révocable.
 
Or lorsqu'un peuple cesse de croire aux documents délivrés par son propre État, il commence à croire à autre chose : aux réseaux, au bras long, à l'influence, à la protection politique.
 
C'est ainsi que meurent les États de droit. Non dans les grands discours. Mais dans les petites humiliations répétées infligées à des citoyens qui découvrent que le droit qu'ils ont acheté, obtenu et enregistré est parfois moins solide qu'un bulldozer.
 
À Koumassi Campement, les gravats seront un jour déblayés.
 
Mais le doute laissé dans l'esprit des citoyens risque de rester beaucoup plus longtemps.
Car lorsqu'un État finit par effacer sa propre signature, ce n'est plus seulement un quartier qu'il fragilise.
C'est sa propre crédibilité. Et aucun bulldozer n'a encore été inventé pour reconstruire cela.
 
ASSALE TIEMOKO.
 
In "L'Elephant Dechaine" du 9 juillet 2026.
 
 
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Lelll

 

  

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