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Faut-il un dialogue à fleurets mouchetés ou des tractations tendues pour le Congo-Brazzaville? Par Djess dia Moungouansi

 

 

 

Faut-il un dialogue à fleurets mouchetés ou des tractations tendues pour le Congo-Brazzaville? Par Djess dia Moungouansi      

 

 

         

                           

        

 

 

 

« Ne négocier pas avec vos peurs, mais n’ayez pas peur de négocier » John F. KENNEDY

À quelques mois de la fin de son règne calamiteux,  Sassou Nguesso fourbit ses armes; au sens propre comme au figuré.  Pour cela, il vient une fois de plus d’emprunter au diable, sa  longue cuillère pour nous concocter, comme par le passé, un mélange indigeste, basé sur des ingrédients aux tentations crapuleuses.  Désormais, c’est  le mot «  dialogue » qui est devenu le fil d’Ariane. Sur fond d’une procrastination dont il a le secret,  il souffle le chaud et le froid.

Disons-le d’emblée sans circonlocutions : même s’il peut être paré de toutes les vertus, un dialogue ne peut pas être, en toutes circonstances, une fin en soi. En politique, et pour le cas du Congo tout au moins, sa portée est déterminée par deux éléments essentiels: le contenu et le moment (avant ou après 2016).

Les aficionados de la politique congolaise le savent : la question relative au changement ou non de la constitution du 20 Janvier 2002 est une pure diversion, pour occulter les plus importantes concernant le fichier électoral, le découpage électoral, mais surtout la mise en place d’une commission nationale électorale véritablement indépendante.

Un dialogue avec le pouvoir de Brazzaville avant l’échéance de 2016, ne serait salutaire pour notre pays que lorsqu’il serait axé sur ces questions, sommes toutes cardinales. Toutes les problématiques relatives à la modification et/ou changement de la constitution, au référendum sont à exclure du champ d’un éventuel dialogue ; elles portent en elles les risques d’un coup d’Etat constitutionnel dont nous serons complices. Ceux qui réclament à tue-tête un dialogue, sans en définir les contours, font fausse route. Nous n’avons pas affaire à des enfants de chœur, ni à des férus de la démocratie ; mais à un clan qui a fait preuve par le passé de sa cruauté, prêt à tout pour enfoncer le pays dans les abysses de la barbarie, y compris en marchant sur des milliers de cadavres de nos compatriotes pour assouvir leurs fantasmes. Il convient de s’en rappeler.

Il sied de signaler, à toutes fins utiles que, dans le monde des hommes, les arguments de droit n’ont de poids que dans la mesure où les adversaires en présence disposent des moyens de contrainte équivalente, et que, si tel n’est pas le cas, les plus forts tirent tout le parti possible de leur puissance tandis que les plus faibles n’ont qu’à s’incliner.

On ne le dira jamais assez : toute négociation, tout dialogue, aujourd’hui et plus encore demain, se gagnera d’abord par l’appropriation du champ cognitif, c’est-à-dire par la compréhension de l’environnement dans toutes ses dimensions.

Churchill nous a prévenus : « Oublier son histoire, c’est être condamné à la revivre ». Ne pas tenir compte des marchés de dupes qu’ont été les concertations d’Ewo et de Dolisie, c’est faire preuve d’une déconcertante naïveté, en oubliant qu’un dialogue initié par ce pouvoir n’ira jamais dans le sens de la restauration des acquis démocratiques mis à mal depuis presque deux décennies. L’esprit est en proie aux forces de la nuit et de l’obscur. Le mal brouille la vue. La culture de l’incurie  et celle de la recherche du gain politique en tout, tarissent l’âme, flétrissent l’esprit ; et leurs ondes de choc, négatives, sont incommensurables. Le potentiel de feinte et de mal qui habite le cœur de celui qui tire doctement les ficelles dans le clair obscur,  est, de trop loin, supérieur aux valeurs du bien et du progrès nécessaires pour la restauration démocratique. En définitive, sans pression quelconque, Sassou et son PCT phagocyteraient, par leur impudence, tout dialogue, tant qu’il ne sera pas au service de la pérennisation de son pouvoir.

Par conséquent, proposer un dialogue à fleurets mouchetés à un clan mafieux absorbé par la versatilité, la mondanité, l’excès de confiance mais surtout enivré des abondantes recettes pétrolières qui renforcent sa capacité corruptive ; relève de la pure fiction. Le peuple ne peut espérer un dialogue productif et/ou constructif que lorsque les défenseurs de la veuve et de l’orphelin s’y prennent avec efficacité.

De fait, le préalable à toute démarche relative à un quelconque dialogue doit s’orienter vers la conception d’un levier contraignant Sassou et son clan à s’asseoir autour d’une même table avec toutes les forces vives de la nation, y compris celles de la diaspora. Au besoin, engager un vrai bras de fer en relayant avec efficacité, les revendications du peuple. Ceci établirait de façon claire, le rapport de forces en faveur du peuple ; cet éternel laissé-pour-compte.

Depuis un moment, la chape de plomb qui maintenait la jeunesse congolaise dans la résignation et l’obscurantisme, donne des signes de frémissement ; plantés comme le nez au milieu de la figure, et mis en exergue notamment lors de la débâcle des «  Diables rouges » à la CAN 2015. L’essai doit être impérativement transformé par une véritable démonstration de force, et pousser Sassou à sortir de sa tanière. Ne nous leurrons pas. Comme en 1991, Sassou n’acceptera tout dialogue constructif pour le Congo qu’une fois un genou à terre. Par la contrainte.

Nul n’est dupe, l’importation de quantités impressionnantes d’armes de destruction massive par Sassou, ne rentre pas dans une logique de promotion de la paix, mais dans celle de l’encensement de son allié de toujours: la terreur. Quoi qu’il fasse, il doit savoir qu’il n’existe pas de force absolue, de supériorité qui s’exercerait dans tous les domaines et sous tous les rapports. Si imposante qu’elle soit, toute force est une médaille qui possède nécessairement un revers. Si l’on part du postulat d’une opposition affaiblie à dessein par la corruption, l’achat de conscience, la collusion ; la chance ou la force de cette faiblesse ne serait donc pas de rivaliser avec le fort sur le terrain de celui-ci; elle consisterait à utiliser pleinement les ressources de la dissymétrie. Agir sur le talon d’Achille du pouvoir, car tout pouvoir en a un. Le combat d’une opposition crédible, imaginative et efficace doit se mener de ce côté-là. Faire autrement s’apparenterait simplement à tirer l’attelage à hue et à dia.

Envisager un dialogue après 2016- une fois Sassou mis hors jeu par sa propre constitution – serait un tout autre exercice. Aisé et serein. Qu’il aille élever ses vaches et ses autruches à Oyo, ou qu’il soit aux prises avec les affres de la CPI, le Congo survivra bel et bien à lui. Un vrai dialogue pourrait alors s’ouvrir dans le pays. Ce dialogue  prendrait la forme que l’on voudra : états généraux, Conférence nationale, Concertation, etc… Le Congo aura besoin d’un moment de convivialité, où les fils et filles de ce pays, examineraient en toute quiétude, les problèmes hérités de la gestion tribale et égoïste du pouvoir par Sassou. Chacun pourra exprimer ses ressentiments, partager sa colère ou son bonheur, dire ce que l’on pense, bref, concevoir un projet qui regarde tous les congolais sans exclusive.

Au  delà des vraies tractations susceptibles de préparer un projet idoine pour notre pays, il faut se projeter dans la gestion des conditions de l’éviction de toute l’équipe dirigeante le 31 aout 2016. Le Congo trouverait ainsi l’occasion de pansement des blessures d’un peuple broyé par la mauvaise foi d’un régime cupide, tyrannique, dénaturé et infecté par des transfuges éhontés. L’ampleur du désappointement de ce peuple en quête d’équité, de justice et de liberté n’avait jamais autant atteint son paroxysme. En refusant tout dialogue inclusif et en jouant le pourrissement, Sassou et son clan courent le risque d’être désavoués et défenestrés par le réveil brusque d’un peuple prétendu fataliste, longtemps grugé, humilié et opprimé.

Djess dia Moungouansi «  La plume du Congo Libre »

 

 

Un Dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le Peuple ne rélève pas le défi

 

 
 
 
 
        
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