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Le président Sassou s’apprête à changer la constitution, mais dans quel contexte sous-régional ?

  

  

  

 

 

 

CONGO BRAZZAVILLE CONGO BRAZZAVILLE modification de la Constitution Guy Milex MBONZI analyse le contexte sous- régional   

 

 

 
Il y a peu les lieutenants politiques de Denis Sassou-N’guesso le présentaient comme l’homme de la situation dans la sous-région d’Afrique centrale. Certains, pour des raisons inavouées, lui ont même conseillé de jouer le rôle d’Harpagon (de l’avare) lors de la visite de travail de la présidente de transition centrafricaine, Catherine Samba Pandza.

D’autres, moins inspirés, auraient demandé au Chef de l’Etat congolais de laisser venir à lui la France de François Hollande. Ces derniers s’appuyaient sur le fait qu’Idriss Deby Itno, le bras armé de Paris en Afrique francophone, s’était retiré de la RCA sous la pression des anti-balaka voire de l’Elysée et que Sassou devait passer au devant de la scène en Centrafrique. Erreur. Cette attitude politique de Brazzaville consistant à faire fléchir François Hollande a été considérée par certains analystes politiques comme un « pied-de-nez de Denis Sassou-N’guesso à la France ».

Selon certaines confidences, Catherine Samba Panza n’a pas trouvé grâce aux yeux de Sassou, elle serait rentrée bredouille de sa visite de travail à Brazzaville. Sans le moindre radis pour faire face aux charges incompressibles de l’Etat centrafricain, notamment, au payement des salaires des fonctionnaires. Tout au moins Brazzaville a, officiellement, accordé un prêt de 25 milliards de FCFA à Bangui.

En bon calculateur politique, Sassou, aux dires des analystes politiques et diplomatiques, aurait voulu que la France lui formule la demande d’aide à la Centrafrique pour qu’ainsi il s’attire sa sympathie. Hollande ayant senti cette astuce a préféré l’esquiver. Et, se serait adressé à Edouardo Dos Santos pour régler tant soit peu les problèmes d’intendance de la RCA, avant que n’intervienne le coup de pouce du FMI et de la Banque mondiale – ces deux institutions viennent d’apporter une aide financière d’urgence destinée à assurer le fonctionnement de l’Etat centrafricain. L’attitude de Brazzaville à l’égard de la nouvelle présidente de Transition, indique-t-on, est d’autant plus curieuse que Michel Djotodja, l’ex-président de Transition centrafricain, et son premier ministre, Nicholas Tiangaye, trouvaient toujours portes ouvertes au Palais du peuple, d’où ils en seraient souvent ressortis avec des « nguiri » débordant de pétro-CFA. Tout compte fait, Brazzaville perd la face après avoir vainement supporté Karim Mekassoua, ancien ministre de Bozizé et candidat malheureux à la présidence de transition. Seule consolation pour Brazzaville, ce dernier avec Anicet Georges Dologuelé, ancien président de la BDEAC à Brazzaville, qui constituent le tandem que pourrait supporter Denis Sassou-N’guesso à la présidentielle centrafricaine. Tous deux, frères de lumière du Chef de l’Etat congolais au sein de la Grande loge du Congo (GLC), séjournent en continu dans la capitale congolaise. Avec ces deux chevaux, Sassou pourra-t-il rebondir en RCA ? Rien n’est moins facile. Surtout qu’avec la mutation de la Misca en Minusca, la marge de manœuvre du médiateur congolais risque d’être réduite à une portion congrue. Et pour cause, c’est la mission des Nations Unies qui aura la main mise sur tout en RCA au détriment des envoyés spéciaux du Chef de l’Etat congolais. Selon les analystes politiques, la récente visite d’Edouardo Dos Santos en France, a propulsé la diplomatie angolaise au devant de la scène. Luanda devient de fait le gendarme de l’Afrique centrale, tandis que Ndjamena : la force de réaction rapide. Et Denis sassou-N’guesso dans tout ça ?

Avec les expulsions massives des ressortissants de la RDC, la médiation du « bokilo » (du beau-frère) auprès de Kabila et de ses opposants est devenue une « médiation de mbata ». Les rapprochements diplomatiques voire politiques tendant à susciter auprès de Kabila, au nom de la solidarité politique, le changement de constitutions africaines de façon concertée, relèvent désormais du passé. Selon des sources diplomatiques, Kabila ne manquerait pas en privé de réaffirmer sa détermination au respect stricto sensu des dispositions constitutionnelles qui lui interdisent un troisième mandat. En RDC, comme en RCA, Sassou perd la face du fait d’un amateurisme diplomatique aux conséquences incalculables. Dans la même optique, le rapprochement entre Brazzaville et Kigali se limiterait, pour l’instant, à un marché de dupes : Sassou se croyait adoubé par Paul Kagamé, alors que ce dernier vient uniquement à Brazzaville pour obtenir le rapatriement des hutus-rwandais refugiés au Congo-Brazzaville, lesquels, selon les services rwandais venus en éclaireurs dans la capitale congolaise, seraient de mèche avec les Forces de Libération du Rwanda (FDLR) qui font la pluie et le beau temps dans une partie de l’Est de la RDC et menacent dangereusement la sécurité de Kigali. Une autre erreur diplomatique de Brazzaville, spécule un expert de la diplomatie des pays des Grands Lacs, c’est d’avoir misé sur Paul Kagamé comme Cheval de Troie des américains dans la sous-région. En effet, le président rwandais a le vague à l’âme au moment où les américains, leurs alliés et certains pays africains le considèrent comme un homme « infréquentable ». En témoigne la dernière tournée africaine de John Kerry (Ethiopie, Sud Soudan, RDC et Angola). Kigali, la capitale du Rwanda, a été superbement ignorée par le patron de la diplomatie américaine. Ce qui sonne comme un avertissement, pour certains chefs d’Etat du continent, à quelques mois de la tenue du sommet Afrique/Etats-Unis à Washington en Août prochain. Les stratèges politiques de Denis Sassou-N’guesso en ont-ils tenu compte au moment où le débat sur le changement de la constitution permettant à Denis Sassou-N’guesso de rempiler a été lancé ?

S’agissant de ce changement de la Constitution du 20 janvier 2002, le contexte sous-régional et africain est tel que : Pierre Kurunzinza du Burundi aurait renoncé à un troisième mandat, Boni Yayi du Benin aurait fait la même chose, Idem pour Joseph Kabila de la RDC, Blaise Compaoré du Burkina Faso ne pourra exceller dans une démarche contraire à celle des autres chefs d’Etat précités. In fine, ne faut-il pas craindre que le passage en force que préconise Denis Sassou-N’guesso ne se révèle dangereux pour lui dans un environnement sous-régional qui lui est peu favorable ? Par contre, « si le président du Congo-Brazzaville réussissait à changer la constitution de son pays et à s’octroyer d’autorité un troisième mandat, une chose est à craindre au niveau sous-régional et africain : la politique africaine des Etats-Unis, qui milite pour l’instauration en Afrique des Institutions fortes et non des hommes forts, ne sera-t-elle pas réduite à néant », insinue une source diplomatique, et pas des moindres, en poste à Brazzaville qui a requis l’anonymat. Et notre source de poursuivre, « le cas Sassou ne deviendra-t-il pas une jurisprudence pour d’autres chefs d’Etat qui, à l’avenir, changeront les constitutions de leurs pays en se référant au président congolais ?


Guy Milex MBONZI
 
 
 
 
 
 

 «Un dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi » 

 

Pour une République Juste & Démocratique, Vous Trompez le Peuple Nous dénonçons

 

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