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CONGO BRAZZAVILLE : L’ETRANGE DESTIN DU DICTATEUR Denis SASSOU NGUESSO

  

  

  

 

 

 

CONGO BRAZZAVILLECONGO BRAZZAVILLE  : Denis SASSOU NGUESSO FACE A SON ETRANGE DESTIN 

  

 

 
Le 14 aout 2016, si Sassou devrait suivre les conseils de Mathias Dzon, il prendrait alors son hélicoptère pour rentrer à Oyo vivre une retraite paisible au milieu de ses vaches et de ses plantations, ses nouvelles passions.

Simplement. Mais un tel scenario, réservé aux présidents démocrates épris de justice et des vertus de la bonne gouvernance, n’est pas applicable à Sassou qui lui, traine de nombreuses casseroles et qui se doute bien qu’une fois le pouvoir perdu, les juges qui le guettent depuis un certain nombre d’années, s’empresseront de venir frapper à sa porte. Car ce n’est un secret pour personne, les juges congolais, français, et éventuellement ceux de la CPI pourraient bien s’intéresser à monsieur Sassou, simple citoyen, pour l’interroger sur des dossiers aussi épineux que les guerres de Brazzaville et du Pool, les crimes financiers, les explosions du 4 mars, les disparus du Beach, etc... Connaissant le président Sassou, pourrait-il se laisser aussi facilement prendre comme un moineau de Mayéyé ?

Certainement pas. Les opposants et autres résistants qui misent sur le départ républicain du président Sassou doivent définitivement écarter cette hypothèse car il y a très peu de chances que Sassou écoute les forces vives de la nation, organise des élections transparentes auxquelles il ne participerait pas (conformément à la Constitution) et confie son sort et celui de ses proches à son successeur.

Alors quelles options lui reste-t-il ? J’en vois deux : le dialogue national inclusif ou l’abrogation de la constitution de 2002 qui pourrait, comme nous le craignons tous, aboutir sur une nouvelle guerre civile.
La révision de la Constitution en son article 58 n’étant pas suffisante pour permettre à Sassou de se présenter à l’élection de 2016, il lui faudra forcément en venir aux vrais problèmes que posent les articles 57 et 185 de la Constitution qui disposent: Article 57 : Le Président de la République est élu pour sept ans au suffrage universel direct. Il est rééligible une fois.

Et l’Article 185 : L’initiative de la révision de la Constitution appartient, concurremment, au Président de la République et aux membres du Parlement. Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité du territoire. La forme républicaine, le caractère laïc de l’Etat, le nombre de mandats du Président de la République ainsi que les droits énoncés aux titres I et II ne peuvent faire l’objet de révision.

En clair, la révision de l’article 57 n’est pas envisageable parce que le peuple souverain a protégé cette disposition à perpétuité. Le président Sassou n’a donc juridiquement et légalement aucun moyen de se présenter à l’élection présidentielle sous cette Constitution quelles que soient les modifications que l’on peut apporter à l’article 58. La seule alternative qui reste à Sassou pour se maintenir au pouvoir, est d’abroger toute la Constitution et d’en rédiger une autre avant la fin de son mandat en 2016 ou de modifier d’abord l’article 185 puis plus tard l’article 57 étant donné que les deux articles ne peuvent pas être révisés ensemble. Le président Sassou fera-t-il le choix périlleux de la modification, lourd de conséquences pour la paix et l’unité nationale ou choisira-t-il le dialogue national inclusif qui devrait aboutir sur son immunité et celle de ses proches en échange de son départ? Le choix que fera le président Sassou sur cette question cruciale dans quelques mois, déterminera son avenir politique si ce n’est son avenir tout court car c’est le choix de son destin.

Ceux de ma génération qui ont lu l’Etrange Destin de Wangrin de l’inoubliable Amadou Hampâté Ba au lycée ou les amateurs de littérature africaine, se souviennent de l’histoire de Wangrin, le personnage principal de ce roman, qui connut une vie florissante, pleine de succès ; qui réussit toutes ses intrigues contre ses ennemis tout en échappant à tous leurs pièges ; mais qui au zénith de sa vie, connut soudain une chute irrémédiable, lâché par son dieu tutélaire, Gongoloma-Sooké. Le président Sassou parallèlement, a pour sa part connu au moins autant de succès politiques et militaires, ayant réussi à mettre les deux genoux par terre tous ses adversaires politiques quand il ne leur a pas dit adieu en personne devant leurs tombes. Après avoir assujetti le Pool et le Niboland par des guerres sanglantes et une corruption inénarrable, le président Sassou s’est retrouvé depuis presque sans adversaires politiques de son acabit, riche, heureux comme Ulysse, et béni comme un homme en phase avec ses dieux. Merveilleux destin ! Pourtant c’est à l’apogée de cette vie comblée que soudain, des munitions ont explosé ce 4 mars 2012 dans son propre quartier tuant au moins un millier de ses électeurs et parents.

Surpris et consterné par le carnage, le président a cherché et cherche encore la raison de la colère de ses dieux. Comme dans le cas de Wangrin où des incidents se succèdent en forme de signes du destin, les explosions du 4 mars sont sans conteste le grand point d’inflexion de la carrière politique de Sassou. Car c’est bien la première fois dans l’histoire de son mariage tacite avec le Grand Nord, qu’autant de gens de cette partie du pays, sont tués sous ses yeux. Malgré ses dénégations officielles, le président, qui ne feint pas sa douleur dans cette affaire, ne comprend guère pourquoi le sort s’est autant abattu sur les siens qu’il a toujours juré de protéger. Premier signe.

Le moment de panique passé, il a fallu au président Sassou trouver une explication pour les parents des victimes à défaut d’en trouver pour lui-même. C’est ainsi qu’il a fini par choisir d’accuser ses propres hommes, ceux-là mêmes qui ont tout donné de leur vie pour le servir et protéger le pouvoir commun, et notamment le colonel Marcel Ntsourou. Et la révolte de celui-ci a fini par amener Sassou à envoyer des parents massacrer des parents, puis d’organiser une chasse aux Téké inimaginable quand on sait combien ceux-ci lui sont attachés et ont toujours été de ses combats : Retourner ainsi les armes contre ces hommes qui l’ont aidé à reconquérir le pouvoir, on peut en convenir, n’augure rien de bon pour lui. Deuxième signe.

Le 22 mars dernier, le PCT, dans un de ces numéros qu’il affectionne, a organisé à Dolisie une vraie-fausse revendication du peuple du Niari réclamant la révision de la Constitution et accessoirement le maintien de l’homme du 5 février au pouvoir. Mais la manœuvre a été vite dénoncée et le tollé général qu’a soulevé cette initiative depuis, devrait interpeller le président Sassou. Troisième signe.

D’autres signes et d’autres évènements devront se succéder d’ici à la date fatidique d’aout 2016, mais Sassou saura-t-il les interpréter à son avantage et choisir le dialogue plutôt que de braver son destin en allant rechercher la modification de la Constitution et la guerre? J’ignore qui dans les officines du PCT a suggéré à Sassou l’article 185, mais j’y vois la main de Dieu. Songez bien qu’en 2002 lorsque Sassou rédige sa constitution sur mesure, il n’a aucune opposition en face et il a tous les pouvoirs ; comment alors expliquer qu’il se fasse hara-kiri et verrouille la limitation de mandats alors que personne ne l’y force ? Dieu dans son amour et sa patience a permis la limitation des mandats et lui a offert une issue pacifique pour la fin de son règne comme il le fit pour Saul. Le roi Saul en son temps (Lire 1 Samuel, Bible), après 40 ans de règne sur Israël, appris par le messager de Dieu la fin de son mandat (ou de sa royauté). Mais, ivre de pouvoir, il voulut insister, continua à faire la guerre à David, réveilla les morts et refusa d’écouter la voix de la sagesse y compris celle de son propre fils Jonathan.

L’épilogue de son règne fut bien triste, le roi, définitivement lâché par Dieu, périt lui et ses fils au terme d’une ultime guerre contre ses ennemis Philistins.

Au président Sassou de comprendre le temps de Dieu et d’éviter, sous prétexte qu’on s’est bien préparé, à commencer une guerre dont l’issue ne peut pas toujours être connue d’avance.

Jeremy Kitson disait que « le destin n’est pas une question de chance, c’est une question de choix ». Choix entre le dialogue national inclusif et le tripatouillage de la Constitution et les violences qui vont avec ; choix entre l’espérance d’un peuple et l’égo d’un individu : c’est le choix que fera le président Sassou Nguesso d’ici 2016 pour porter à la lumière les contours de son étrange destin.


Mouaya LOATHEY

 
 
 
 
 
 

 «Un dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi » 

 

Pour une République Juste & Démocratique, Vous Trompez le Peuple Nous dénonçons

 

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