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ELOGE DE LA REVOLTE INTELLECTUELLE
La lettre ouverte ‘’Je vous accuse’’ de Grégoire Lefouoba, publiée en décembre 2012, n’a pas seulement fait l’évènement, mais est un évènement. Peut-être l’évènement politique le plus significatif de notre histoire politique récente, puisqu’elle ne s’inscrit pas uniquement sur le temps court de l’évènement médiatique, mais encore sur le temps long de l’évènement politique.
Cette lettre réhabilite la posture de l’intellectuel qui habite depuis fort longtemps Grégoire Lefouoba. Pourquoi cet engouement autour de cette lettre. Comment découvrir le mystère de cette fascinante lettre qui retrace en quelques lignes les turpitudes de l’histoire politique du Congo en vingt ans, les blessures et écueils de la dramaturgie politique qui traverse toutes les grandes formations majeures de la vie politique nationale.
En fait, la posture de l’intellectuel en politique, qui sous-entend le ‘’Je vous accuse’’, se faisait de plus en plus rare dans l’espace politique, notamment, ces vingt dernières années.
L’intellectuel en politique que sais-je ? L’histoire nous enseigne, que la posture de l’intellectuel prend racine avec l’affaire Dreyfus en 1898, sous la plume de Maurice Barrès ; un anti-dreyfusard. Pour défendre l’innocence du capitaine Dreyfus, condamné quelques années plutôt par la justice dans une affaire de trahison de l’Etat et de la hiérarchie militaire ; Emile Zola publia le 13/01/1898, une << lettre ouverte de protestation>> à Monsieur Félix Faure, Président de la République française, pour dénoncer les travers et les erreurs de la justice qui ont émaillé la procédure, le procès et le verdict. Emile Zola stigmatisa par ailleurs, le silence coupable des pouvoirs publics dans cette affaire. Ceci s’inscrivit dans la même logique que Jean Paul Sartre et Pierre Vidal-Naquet dénonçant la torture en Algérie, Michel Foucault bataillant pour les droits des prisonniers, Pierre Bourdieu pour ceux des chômeurs, Cheik Antar-Diop dans une brillante thèse sur l’antériorité noire de l’Egypte antique.
Autrement dit, l’intellectuel est une personne qui, du fait de sa position sociale, dispose d’une forme d’autorité et la met à profit pour persuader, proposer, débattre, permettre à l’esprit critique de s’émanciper des représentations sociales. Ce que renchérit Edward Said en ces termes : <
Le décor étant planté, venons-en à l’auteur de ce chef d’œuvre intellectuel, littéraire et politique, l’homme tout court. Nous allons tenter à travers ces quelques lignes, cet exercice de dissertation sur les énigmes de cette belle et profonde lettre ouverte.
L’engouement de ‘’je vous accuse’’
La lettre ouverte ‘’je vous accuse’’ de Grégoire Lefouoba a fait événement. Chacun peut le constater. Elle a été reprise par la presse nationale et celle de la diaspora, notamment en ligne. Cependant, l’indice le plus difficile relatif à cette lettre, qui explique son caractère événementiel demeure la rumeur qui l’entoure. Une rumeur insistante qui s’attache à elle et lui confère un halo mystérieux. Tout le monde en parle. Tous désirent la lire. Certains sont en quête d’une copie. Bref, la lettre ‘’je vous accuse’’ est devenue un véritable Samizdat qui circule sous la veste, de main en main. Ainsi, cette lettre ouverte a-t-elle réussi par la pertinence et la profondeur des problématiques posées, par l’esprit et la qualité de son écriture à s’inscrire dans le temps court de l’évènement médiatique. Mais force est de constater qu’au-delà de l’événementiel médiatique suscité, elle a participe à l’évènement politique.
‘’Je vous accuse’’ j’argumente et j’assume
La réception enthousiaste de ‘’je vous accuse’’ procède de la rupture qu’elle instaure dans l’ordre politique. En effet, ‘’je vous accuse’’ rompt par son contenu, son ton et sa démarche avec la violence gratuite dans le champ politique congolais. Notre histoire politique est scandée depuis l’institution de la République en novembre 1958 par la violence. Une violence dont le mode de déploiement relève de deux genres. La violence collective, de loin la plus dangereuse, puisqu’elle expose continûment la République au suprême danger, celui de la disparition pure et simple de l’adversaire. Et une violence, infiniment moins dangereuse pour la pérennité de la République, mais néanmoins dangereuse pour le vivre-ensemble républicain- la violence ad hominem. Si la violence collective renvoie aux évènements de 1959, de 1992-1993, de 1997-1998 ; la violence ad- hominem fait signe vers les assassinats de 1965, 1970, 1972,1977, 1987. ‘’Je vous accuse’’ ne met pas un terme à la violence collective. Elle ne saurait avoir une telle prétention. La fin de la violence collective ne peut s’inscrire qu’à travers une délibération collective que doit mettre en œuvre la société congolaise elle-même à travers des dispositifs qui reposent sur sa créativité politique.
‘’Je vous accuse’’ se propose de mettre fin à l’autre forme de violence dont la République a trop souffert- la violence ad hominen. Comment s’y prend-elle ? En ramenant tout conflit- et il n’en manque pas dans le champ politique – sur le terrain de la délibération. Une délibération dont ‘’je vous d’accuse’’ fixe implicitement les règles. Ces règles, qui présupposent non pas l’argument de la force, mais la force de l’argument, se fondent sur la rationalité du propos et sur le respect de l’autre qui certes est un adversaire dans l’ordre politique, mais nullement un ennemi. Autrement dit, une personne digne d’estime et non pas un individu à combattre, à battre et par la suite à anéantir. Sans doute la politique donne-t-elle quelque fois lieu par les enjeux que son exercice comporte à une certaine violence. Une violence dont les acteurs ne peuvent pas toujours et le plus souvent réussir à se départir. Toutefois, ‘’Je vous accuse’’ propose de circonscrire cette violence inhérente à l’action politique dans l’espace de la délibération. Autrement dit, la violence, si violence il ya dans le champ politique, elle doit demeurer symbolique. Car ce qu’il faut absolument proscrire, c’est le passage à l’acte, c’est le champ libre laissé à la violence. Même si une telle proposition s’avère subliminale, elle n’en constitue pas moins l’horizon de ‘’je vous accuse’’.
Lefouoba référent de l’intellectuel en politique
Grégoire Lefouoba a ouvert une brèche. Une brèche qui s’était refermée par lâcheté peut être, compromissions certainement. La place de l’intellectuel dans la sphère de la vie publique, son attitude souvent décriée et caractérisée par la langue de bois, la flagornerie. Le personnage en tant qu’individu est de beaucoup dans le succès de cette lettre. Il s’était déjà manifesté lors de la conférence nationale souveraine, en apportant un soutien au Président Sassou N’guesso alors que tous les thuriféraires d’hier quittaient le navire. Posture réitérée, en juin 1997 au côté du Président Pascal Lissouba traduisant de ce fait une loyauté que seule une force des convictions ne peut justifier. Il n’est pas l’otage du temps, ni de la mode, ni du nombre. Il crée de ce fait une certaine fascination, son charisme aidant, il se forge un destin d’un homme et son temps.
‘’Je vous accuse’’, ras-le-bol individuel au départ, est perçu dorénavant comme l’acte inaugural de l’émergence d’une plateforme de celles et ceux qui magnifient le verbe, l’argument, le débat contradictoire, l’analyse critique comme seules armes du débat public. Prémisses enclenchées hier par Timothée Makita, Président du FURC dans un contexte des ‘’trois palmiers’’ (UPADS) triomphant s’est opposé à la gestion du Président Pascal Lissouba, alors que toutes les conditions subjectives étaient réunies. Récemment, que dire des prises de positions du Professeur Marion Madzimba lors de la bataille refondateurs – conservateurs au sein du PCT. Problématique relayée par le Professeur Charles Bowao lorsque les vices de l’intrigue et de la conspiration s’acharnèrent sur lui. Notons, tout aussi la remarquable analyse critique de Hervé Mayika, membre influent du MCDDI, lorsqu’il posa les jalons de la refondation de ce grand parti en perdition. Le philosophe Didier Galebaye qui dans ses nombreuses publications interpellent l’élite congolaise à se ressaisir pour privilégier l’intérêt général. Enfin, le Commissaire – Colonel Fulbert Ibara, Docteur en économie qui dans une analyse critique sur l’architecture tripode et une responsabilisation budgétaire à géométrie variable, appelait à un recadrage et à une reconfiguration des départements en charge des finances et celui des grands travaux. Une seule et unique constante caractérise postures différentes, la renaissance de l’intelligentsia dans le débat public.
En somme, ‘’Je vous accuse’’ instaure-t-elle, par son existence et par les innovations politiques qu’elle recèle, les principes de l’éthique, de la dignité, de l’humilité, du clientélisme, de l’intérêt général, bref de la discussion politique qui doit désormais régir le jeu politique au Congo. Voilà la contribution de ‘’je vous accuse’’ dans le débat politique congolais. Ce qui trace des perspectives de disqualification des pratiques désuètes, de faire bouger les lignes démarcation du paysage politique et intellectuel, de civiliser les conflits, et tout au plus, de réintégrer l’intelligentsia et l’intelligence dans l’arène politique nationale.
Débat civilisé dont l’urgence s’impose, pour l’éveil et la prospective dans une nation, la nation congolaise, en perte de valeurs et de repères. Tel est le vœu formulé par le philosophe Gislain Maguessa Obome lors de l’émission ‘’Sans détours’’, l’agora audio-visuel national du DG Paul Soni Benga.
En définitive, Grégoire Lefouoba est l’intellectuel à partir duquel, désormais, la référence est indiquée et tout redémarre avec le débat constructif et intelligent, celui qui privilégie les conflits d’incertitudes aux conflits d’intérêts. Sa posture dont la transversalité de l’acte est observée et signalée marque ainsi toutes les formations politiques majeures de notre espace national.
Guy MAFIMBA MOTOKI
Porte Parole, Secrétaire National du RDD, Chargé de la Communication
«Un dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi »
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