Source : LEMONDE.FR 19.02.10
Niger : la presse étrangère déplore un coup d'Etat « sans surprise »
La junte assure vouloir rétablir la démocratie
Vingt-quatre heures après la prise du pouvoir par des militaires dissidents, le sort du président et de ses collaborateurs, capturés par les rebelles, reste incertain. L'issue de ce coup d'Etat, perpétré à la suite d'un référendum controversé autorisant le président Mamadou Tandja à rester au pouvoir pour une durée indéterminée, est tout aussi floue. La presse internationale déplore un coup d'Etat "prévisible", fruit de l'ambition démesurée d'un président qui, sous prétexte de vouloir "terminer ses chantiers", n'a pas hésité à manipuler la Constitution nigérienne pour se maintenir au pouvoir au-delà de ce que lui permettait la loi.
La presse africaine n'est pas tendre avec le président Tandja, l'homme qui "a semé le vent et récolté la tempête", et parle de "contre-coup d'Etat". Le journal burkinabé L'Observateur Paalga considère que "ce coup d'Etat est une demi-surprise car il était attendu par les opposants et redouté par Tandja lui-même." Selon l'éditorialiste, cette dérive du président n'est autre que "le prix de l'entêtement d'un homme qui aurait pu sortir par la grande porte après ses deux mandats". Dans la même veine, Le Pays regrette que Tandja ait "pris sur lui de tordre le coup à la légalité et à la légitimité constitutionnelles en perpétrant un coup d'Etat institutionnel", tout en rappelant que la prise de pouvoir par la force est toujours le résultat d'une "malgouvernance politique, économique et sociale", dont l'Afrique ne parvient pas à se débarrasser. Même son de cloche du côté du Potentiel, l'un des principaux quotidiens francophones de la République démocratique du Congo, qui déplore "l'arrogance" de Tandja et son "mauvais calcul politique".
Le reste de la presse, notamment anglo-saxonne, met en perspective ce coup d'Etat avec la situation économique et géopolitique du pays. Le quotidien britannique Times rappelle que le pays est extrêmement riche en uranium, un matériau très convoité à l'heure où la production d'énergie nucléaire se renforce à travers le monde. Il souligne également la position "stratégique" du Niger, une région dans laquelle "des sympathisants d'Al-Qaïda sont actifs", et le rôle crucial de l'ex-colonisateur français, qui "tente d'empêcher que la situation ne dégénère comme en Guinée, une autre ancienne colonie d'Afrique de l'Ouest, où des militaires ont pris le pouvoir l'année dernière". Cet incident, "couplé à une crise constitutionnelle au Nigeria et à la transformation de la Guinée en paradis pour les trafiquants de drogue", pourrait déstabiliser l'ensemble de la région, ajoute le Times.
La situation est d'autant plus préoccupante que les efforts internationaux pour stabiliser la situation, notamment la décision de l'Union européenne de suspendre l'aide non humanitaire, n'ont pas abouti, dénonce le Wall Street Journal. Le quotidien économique décrit le Niger comme "un des pays les plus pauvres d'Afrique, avec des famines fréquentes", dont les ressources en uranium sont principalement exploitées par Areva, qui exerce "un monopole de facto". Le Niger essaie toutefois depuis quelques années d'ouvrir son industrie à des partenaires extérieurs, par exemple en accordant des concessions à des sociétés chinoises. A ce sujet, le Financial Times précise qu'Areva a déclaré en 2009 vouloir investir 1,2 milliard d'euros dans une mine d'uranium, ce qui permettrait de doubler la production du pays. Le journal ajoute enfin que la Chine a signé en 2008 pour 5 milliards de dollars (3,7 milliards d'euros) d'accords d'exploitation avec le Niger. Ce sont notamment ces investissements étrangers qui ont été invoqués par Mamadou Tandja pour justifier son maintien au pouvoir, précise le FT.
INTERVIEW DU PRESIDENT DE L’ASSOCIATION NIGERIENNE POUR LA DEFENSE DES DROITS DE L’HOMME (ANDDH) Monsieur Khalid IKhiri
Le Niger n'a plus de président, mais un nouveau chef: le commandant Salou Djibo, nouveau dirigeant du «Conseil suprême pour la restauration de la démocratie». Même si elle avait dénoncé les manoeuvres de l'ancien président Mamadou Tandja pour rester au pouvoir malgré la fin de son mandat, l'Association nigérienne pour la défense des droits de l'homme (ANDDH) déplore le renversement de Tandja par l'armée. Nous avons joint hier Khalid Ikhiri, président de l'ANDDH, à Niamey.
Q: Où étiez-vous lorsque les militaires sont entrés dans le palais présidentiel jeudi après-midi?
R: J'étais à l'université. On entendait des coups de feu parce que l'université est seulement de l'autre côté du fleuve où se trouve le palais présidentiel. Il y a même des obus qui sont tombés sur deux de nos facultés, sans causer de perte de vie. On ne pouvait pas sortir. Certains s'inquiétaient de leurs enfants qui étaient à l'école ou se demandaient comment ils allaient rentrer à la maison, mais sans plus. Ce qui était particulier, c'était que la télé et la radio nationale ont poursuivi leur programmation comme si de rien n'était. Ce n'est que plus tard que la musique militaire a été entendue à la radio. Dans les autres coups d'État, la radio et la télé ont été pris par l'armée tout de suite pour annoncer qu'elle avait pris le pouvoir. C'était calme. Aujourd'hui, c'est comme s'il n'y avait rien eu.
Q: Est-ce que les Nigériens ont été surpris par le coup d'État?
R: Non, ce n'était pas une très grande surprise. Chacun se demandait comment faire pour changer la situation. L'ANDDH a usé de tous les moyens légaux possibles pour faire des plaidoyers et a mené une campagne de sensibilisation à travers le monde entier pour dissuader le président Tandja de faire des changements constitutionnels. Même si des voix, au niveau national et international, ont dénoncé le comportement du président Tandja, il est resté sourd aux appels. Malheureusement, ce qui devait arriver arriva.
Q: Vous dites avoir usé de tous les moyens légaux possibles. Un coup d'État par les militaires peut-il être perçu comme un mal nécessaire?
R: En tant que structure de défense des droits de l'homme, nous pensons naturellement que tout changement anticonstitutionnel ne doit pas être applaudi. Par principe, nous condamnons tout coup d'État. Nous pensons que le dialogue et l'intelligence doivent amener à résoudre un problème d'ordre politique, sans l'intervention des armes. Mais malheureusement, en Afrique, certains n'écoutent que les armes.
Q: Êtes-vous inquiet pour la suite des choses?
R: Mon inquiétude est double, même triple. D'abord, notre pays, en dehors de la crise politique qu'il traverse, est malheureusement confronté à une famine. Les populations ont très peu de choses à manger d'ici la prochaine saison des pluies. Ensuite, quelle sera demain la démocratie au Niger? Les auteurs du coup d'État ont promis la restauration de la démocratie. Nous prenons acte de leurs déclarations et espérons qu'ils respecteront leurs engagements et que le Niger se retrouvera parmi les pays qui sont des exemples en démocratie, comme il l'était dans le passé.
Q: Le commandant Salou Djibo a été nommé nouveau dirigeant du «Conseil suprême pour la restauration de la démocratie». Est-il connu au Niger?
R: J'en ai entendu parler, mais je ne le connais pas. Je sais simplement qu'à deux reprises, l'ANDDH a encouragé le comportement de nos forces de défense et de sécurité, notamment au moment de la crise politique. Elles n'ont pas pris position lors des élections. Je ne sais pas ce que nous réservent les nouveaux membres du Conseil suprême. Ils n'ont pas annoncé de calendrier pour la tenue d'élections, et cela fait justement partie de nos préoccupations. Nous avons demandé une courte transition pour que le Niger retrouve rapidement sa place au sein des nations démocratiques et que tout soit fait pour faire face aux problèmes économiques que doit affronter le Niger.
Pendant que la presse internationale déplore un coup d’état sans surprise, la société française AREVA préoccupée par son investissement dans l’exploitation de l’uranium nigérien, la communauté
internationale s’inquiète en raison de position stratégique du Niger. Les africains se préoccupent de l’avenir et l’instabilité grandissante du
continent, avec les coups d’états à répétition sous toutes les formes : coups d’états militaires, coups d’états constitutionnels, holdup électoral (le cas du Congo Brazzaville)
NIAMEY, Mohamed YAZID pour la Voix du Peuple