AU DEPART IL FUT LE MESSIE POUR LA REGION DU POOL
APRES L’AVOIR DÉCIMÉ IL REJOINT SON ACOLYTE SASSOU EN PROMOTEUR DE LA PAIX. MAIS QUELLE PAIX VA-T-IL
PROMOUVOIR ? APRES CE DESASTRE DANS LE POOL. PAUVRE NTUMI.
Auteur : Musi Kanda

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Le crime paie. Il paie même très bien. Quand ils ne sont pas morts dans des conditions suspectes, ou ne sont pas devenus de paisibles retraités, les anciens membres du fameux comité militaire du parti (CMP) occupent toujours le haut du pavé. Les apprentis génocidaires de l’affaire des disparus du Beach poursuivent une brillante carrière dans l’armée sassouiste sous l’œil protecteur de leur maître. Jean-Marie Tassoua coule des jours heureux à la tête du conseil économique et social. L’abominable Okombi Salissa exhibe partout sa bedaine de richissime chef de guerre décomplexé. Le sinistre Willy Mantsanga s’est trouvé une rente de situation au parlement où Sassou l’a nommé député. La liste est longue de tous ceux qui, loin d’être hantés par le sang et le râle de leurs innombrables victimes, ont su tirer avantage de leurs forfaits exhibés fièrement comme des CV en béton. Dans ce pays où l’impunité est érigée en valeur fondatrice, les criminels voient s’ouvrir devant eux des perspectives de carrière infinies.
Ntumi est de ceux-là. Parti de rien, le psychopathe du Pool que Sassou présentait à un journaliste du " Monde " comme « un illuminé (…) à la tête de bandits armés et de secte mystico-religieuse sans programme politique, » (1) est aujourd’hui accueilli à Brazzaville avec tous les honneurs dus à un homme d’Etat. Que s’est-il donc passé entre temps ? Par quel miracle le bandit armé s’est-il transformé en politicien fréquentable à qui l’on déroule le tapis rouge ?
Malgré tout ce qu’on lui reproche, malgré sa rancune et son cynisme avérés, Sassou a au moins une qualité : il n’est pas chien avec ses serviteurs les plus zélés. Il n’oublie jamais de renvoyer l’ascenseur pour services rendus. C’est ce qui lui fait dire par exemple qu’il ne compte que des amis dans la classe politique française, à gauche comme à droite. Entendez par là qu’il arrose sans distinction les éminences UMP et PS qui lui proposent leurs services, le flattent ou ferment leur gueule sur sa gestion calamiteuse des deniers publics. Tous ceux qui ont lu le récent livre de la fédération des Congolais de la diaspora ne seront donc pas surpris par l’épilogue de la fausse guéguerre entre Sassou et Ntumi. Si le pasteur avait accepté d’entrer dans les rangs aux conditions du pouvoir, il y a belle lurette que Ntumi serait aujourd’hui un notable encarté au PCT. Mais armé de son brillant bilan macabre dans le Pool, il s’est montré gourmand. Et, apparemment, il a eu raison d’avoir été exigeant et patient. Le crime paie, je vous dis.
Les auteurs de ce livre qui, décidément, est d’une actualité saisissante, écrivent que « la manipulation en règle du pasteur Ntumi par Sassou est, plus qu’une hypothèse, un fait. » Mais, explique encore la FCD, « il est fort possible que Ntumi, convaincu d’avoir grandi et d’être devenu un véritable leader, ait manifesté des velléités d’indépendance en jouant sa propre carte, mais avant d’en arriver là, c’est à Sassou qu’il doit tout. » (2) Inutile d’en rajouter. Tout est dit. L’entrée en grandes pompes à Brazza de l’incendiaire en « service commandé » dans le Pool vient donc couronner une mission parfaitement exécutée, mais que Sassou paie finalement au prix fort au nom de la désormais sacro sainte paix et concorde nationale, en élevant son « ancien homme de main, son incendiaire et son gardien de prison » dans le Pool, comme le disent si bien ces mal polis de la FCD, au rang de délégué général auprès du président de la République, chargé de la promotion des valeurs de paix, etc, etc, etc, avec des prérogatives de ministre. Hélas, le ridicule ne tue toujours pas. Mais après tout, on dit bien que Caligula fit d’Incitatus, son cheval préféré, un sénateur. Alors, à défaut de l’avoir zigouillé à temps, que donc ne ferait-on pas, au nom de la paix, d’un Ntumi, l’homme qui en savait trop ?
Musi Kanda
Les paroles s’envolent les écrits restent, si l’histoire est le récit des évènements passés nous retiendrons une chose : la métamorphose d’un criminel de guerre en « délégué général chargé de la promotion des valeurs de paix et la réparation des séquelles de guerre ».
Brazzaville, Steve OBORABASSI pour la Voix du Peuple.