LA FUSILLADE DU BUS TOGOLAIS
RELANCE LA
QUESTION DE LA SECURITÉ AU CONGO BRAZZAVILLE
Emmanuel Adebayor, capitaine des Eperviers du
TOGO


L'enclave de Cabinda, où s'est déroulé le mitraillage des bus togolais, est coincée entre la République démocratique du Congo (Congo Kinshasa) et la République du Congo (Congo Brazzaville). Juridiquement, cette enclave fait partie de l'Angola, mais les rebelles remettent en cause ce statut et se battent pour son indépendant. A peine plus petite que la Corse, cette province de l'Angola depuis 1975 (un an après l'indépendance de l'Angola) est peuplée par 250 000 personnes et recouverte en majorité par la jungle.
Depuis le rattachement de Cabinda à l'Angola, plusieurs mouvements politiques et armés cherchent à obtenir son indépendance,
justifiant leur démarche pour des raisons ethniques, linguistiques et économiques, du pétrole y ayant été découvert dans les années 60. C'est d'ailleurs là l'une des principales raisons du
conflit puisque c'est à Cabinda que se trouvent les principales réserves pétrolières de l'Angola. Même si les autorités locales reçoivent des revenus des compagnies pétrolières par le biais des
impôts, les rebelles se plaignent que trop d'argent est destiné au gouvernement angolais.
Les rebelles n'attaquaient pas les joueurs, mais la police ?
La guerre civile qui régnait en Angola, s'est terminée officiellement en 2002. Mais le conflit qui règne à Cabinda a duré bien plus longtemps. En 2006, Antonio Bento Bembe, qui représente
toujours le Front de Libération de l'enclave de Cabinda (FLEC), a signé un accord de paix avec l'Angola à Brazzaville. Mais des groupes issus de ce mouvement se sont créés et continuent la lutte.
Parmi ceux-là, c'est le FLEC - Position militaire qui a revendiqué l'attaque contre le Togo. Ces derniers ont ainsi communiqué peu de temps après l'attaque. "La CAF (Confédération africaine
de football) a été avertie à plusieurs reprises que le territoire était en guerre. Elle avait tous les documents expliquant cela et n’a pas voulu tenir compte des avertissements. Elle doit en
assumer la responsabilité. Nous ne sommes pas des rebelles mais un mouvement politique et militaire originaire de Cabinda. Ce ne sont pas de rebelles mais des résistants. Le Cabinda est un
territoire occupé illégalement pas l’Angola et nous nous battons pour la libération de ce territoire."
Puis plus tard dans la soirée, le FLEC-PM a regretté que les joueurs togolais aient été pris pour cible. "Nous regrettons que ce soit le bus du Togo qui a été pris pour cible. On n'a pas fait
exprès de tirer sur un bus de joueurs. C'aurait tout aussi bien pu être le bus des Ivoiriens, le bus de n'importe qui... On est en guerre, tous les coups sont permis. L'Angola veut faire croire à
une paix effective au Cabinda, mais la paix n'existe pas." Plusieurs sources indiquent que l'attaque était en effet dirigée vers l'escorte qui entourait les bus togolais. Quoiqu'il en soit,
il est impossible désormais de jouer dans cette province...
Cette fusillade relance la question de la sécurité au Congo Brazzaville. Comme on vient de le constater à la frontière avec le Cabinda, les incidents se multiplient dans d’autres régions frontalières au Nord du Congo, notamment à la frontière avec la RD Congo avec le flux des réfugiés qui traversent tous les jours les Frontières en fuyant la guerre au Kivu. Ces incidents prouvent à suffisance que la sécurité et la paix ne sont pas effectives au Congo Brazzaville. Bien que depuis quelques années, le pouvoir de Brazzaville ait fait de la paix son fond de commerce voire un spectre qu’il brandit pour inhiber toute velléité de revendication du peuple pour ses droits fondamentaux.
Il convient alors de s’interroger sur la sécurité des populations vivant dans les villes et villages frontaliers au Congo ! Existe-t-il une armée républicaine, susceptible d’assurer la sécurité de ces populations et de défendre la souveraineté nationale ? On pourrait longuement s’interroger sur cette fusillade qui en réalité ne surprend personne dans la mesure où le Front de Libération de l'Enclave de Cabinda (FLEC) a toujours utilisé le Congo comme base arrière. C’est aussi l’une des conséquences logiques, de l’intervention directe de l’armée Angolaise dans les guerres civiles successives que le Congo Brazzaville a connue. Serait-ce le prélude de la fin de la lune de miel entre Le Congo et l’Angola? Le pire est à craindre.
Monsieur Denis SASSOU NGUESSO, Président de la république Bananière du Congo doit en tirer les conséquences, car le bradage de la souveraineté nationale pour assouvir ses ambitions personnelles a un lourd tribut sur les populations congolaises.
CABINDA, Alves Pinto DOMINGO pour la Voix du Peuple.