République du Congo
L'ARD et l'injustice faite à la diaspora congolaise sur son droit de vote et son éligibilité.
En République du Congo, l'histoire politique récente vient de réactiver une réalité qu'on semble ignorer. Les 22 et 23 février 2026, à Brazzaville, l'Alliance pour la République et la Démocratie, ARD, que préside l'ancien Ministre des Finances Mathias Dzon, a tenu un symposium consacré au bilan des 42 ans de gestion de l'Etat par le parti au pouvoir, le Parti Congolais du Travail. Le constat dressé par l'ARD est celui d'un bilan négatif.
Mais, au-delà du diagnostic, ce sont les remèdes proposés par l'ARD qui méritent l'attention. Parmi la série des mesures formulées pour redresser le pays, l'une d'entre elles, la mesure N°19, formalisée en page 89 de l'opuscule publié à l'issue des travaux symposium, attire l'attention. Elle recommande la reconnaissance à tous les Congolais de la Diaspora de leurs droits d'être électeurs et éligibles aux différentes élections nationales.
Une proposition de l'ARD que je soutiens pleinement, l'estimant légitime, juste et républicaine. Les Congolais de la
diaspora ne sont pas des Congolais au rabais, des Congolais de seconde zone ou des Congolais en sursis de nationalité. Ce sont des Congolais à part entière, réguliers, avec les mêmes droits et les mêmes obligations que ceux qui vivent à l'intérieur du pays. Ils portent le Congo dans leur nom, leur sang, leur mémoire et dans leurs transferts d'argent qui soutiennent des familles entières, dans leurs diverses angoisses quotidiennes.
Comment comprendre, comment justifier qu'on soustraie ces Congolais de l'étranger de l'élection la plus essentielle, celle de leur Président de la République, et de celle de leurs Parlementaires ? Leur ôter le droit de choisir qui préside à la destinée nationale, c'est leur ôter un devoir citoyen majeur, c'est les amputer de leur citoyenneté. C'est consacrer une fracture absurde entre le territoire géographique et la nation en tant que communauté de destin.
Ne pas accepter que les Congolais de l'étranger puissent devenir conseillers dans le dispositif des collectivités locales, c'est plus grave encore. C'est leur refuser symboliquement et juridiquement d'appartenir à leurs propres terres. Quel sens y a-t-il à dire à un Congolais originaire de Mossaka, Nkayi, Oyo, Gamboma, Ouesso ou Dolisie, qu'il ne peut pas siéger pour défendre les intérêts de sa terre natale parce qu'il vit à Paris, à Montréal ou à Johannesburg ? La terre ne se perd pas avec la distance. Le lien ancestral, le lien du sang et de la culture ne s'effacent pas au tampon d'un visa.
Etre électeur et éligible lorsqu'on est de la diaspora ne signifie nullement ouvrir un fourre-tout dans les listes électorales et dans les candidatures aux scrutins. L'Etat congolais en poserait les garde-fous républicains nécessaires en imposant une obéissance à des règles claires. Tels, un casier judiciaire propre, la justification d'une résidence fixe et identifiable à l'étranger. Aussi, la preuve sans faute que l'on est Congolais de père ou de mère, ou des deux, ainsi les éléments de la totale disponibilité pendant la durée du mandat. Ce qui implique, et c'est l'avancée fondamentale, de supprimer la disposition contraignante, discriminatoire et anachronique qui exige jusqu'à ce jour une résidence en territoire congolais d'une durée d'au moins deux ans avant l'élection. Cette clause est une exclusion déguisée, une manière de punir l'exil.
Aujourd'hui, on peut dire pourquoi les Congolais s'expatrient. Dans la plupart des cas, ils ne se sont pas établis à l'extérieur par plaisir ou par rejet de leur pays. Ils sont partis pour des raisons économiques, donc pour des raisons de survie, ou pour des motifs de formation, aux fins de chercher le savoir que le pays ne pouvait leur offrir. Leur départ soulève la question des causes profondes des mouvements migratoires, particulièrement en Afrique. Y sont répertoriés la mal-gouvernance, le chômage structurel des jeunes, l'absence de perspectives et même la non construction des opportunités par les pouvoirs publics. Punir les victimes de cet exode économique en les privant de leurs droits civiques, c'est ajouter l'injustice à l'échec.
En appliquant la mesure N°19 du symposium de l'ARD, la République du Congo n'innove en rien. Elle ne fait preuve d'aucune aventure institutionnelle. Elle ne fait que renouer avec une disposition que tant de démocraties ont consolidée. Elle ne fait que rentrer dans la normalité.
Au Gouvernement congolais qui compte d'ailleurs parmi ses membres un Ministre chargé des Congolais de l'étranger, de donner la preuve de son action en direction de ces Congolais. À quoi sert un Ministère de la diaspora si cette diaspora n'a ni voix, ni bulletin de vote, ni représentant ? Jusqu'ici, le Parlement congolais n'a connu un siège de Député des Congolais de l'étranger. Jamais un parlementaire congolais, député ou sénateur, n'a jugé utile de rendre compte à la diaspora congolaise des travaux du Parlement de son propre pays.
Sur cette question du vote de l'étranger, la République du Congo est en retard, comparée à d'autres pays africains. Le Sénégal élit des députés de la diaspora. Le Mali, le Cap-Vert, la Tunisie, le Maroc, le Bénin ont compris que la nation ne s'arrête pas à la frontière. Ils ont réalisé que la diaspora est une force politique, économique, intellectuelle et morale. Continuer à l'exclure, c'est se priver d'une énergie considérable pour le redressement national.
La mesure N.19 de l'ARD n'est donc pas une faveur faite à la diaspora. C'est un acte de justice républicaine, un acte de réunification nationale, un acte de lucidité politique. Rendre aux Congolais de l'extérieur leurs droits d'électeurs et d'éligibles, c'est rendre au Congo son intégralité.
Paris 10 septembre 2026
Ouabari Mariotti