INTERVENTION DU COMITÉ DIRECTEUR DE L’U.P.R.N
à l’assemblée générale de la fédération de Brazzaville
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U.P.R.N
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UNION PATRIOTIQUE POUR LE RENOUVEAU NATIONAL (U.P.R.N.) *********** |
Intervention du Comité Directeur à l’Assemblée Générale de la
Fédération de Brazzaville.
- Honorables représentants des partis du Front de l’Opposition Congolaise (FPOC) ;
- Chers collègues membres du Comité Directeur ;
- Chers responsables et militants de la Fédération de Brazzaville ;
- Chers responsables des militants des associations du parti ;
- Mesdames, messieurs, chers amis,
Aujourd’hui, la situation économique, sociale et politique du Congo est totalement bloquée. En effet, depuis le 14 août 2009, date à laquelle le président de la République a prêté serment, l’Etat n’est plus géré. Le gouvernement ne s’est réuni en Conseil des ministres que quatre (04) fois en neuf (09) mois, alors qu’il devrait le faire une fois par semaine. Le président de la République passe rarement une semaine entière à Brazzaville, siège du gouvernement. Il passe le plus clair de son temps dans les voyages, les fêtes et les veillées mortuaires. De ce fait, le fonctionnement du gouvernement est bloqué et de nombreux dossiers brûlants ne sont pas traités. Cette situation crée un immobilisme du gouvernement et génère des conséquences politiques, économiques et sociales graves pour le pays et pour les populations.
Sur le plan économique, le blocage est marqué d’une part, par la non exécution du budget de l’Etat exercice 2010, d’autre part, par l’absence de la mise en œuvre d’une politique économique cohérente, en dépit des proclamations olympiennes et démagogiques sur l’industrialisation.
1- De la non exécution du budget de l’Etat exercice 2010 :
Lors de l’adoption par le parlement du budget de l’Etat exercice 2010, il a été arrêté 900 projets pour un coût global de 700 milliards de FCFA, au titre du budget d’investissement. Notre surprise a été grande, à l’occasion de l’interpellation du gouvernement par le parlement à la fin du mois de mars 2010, de constater que les ministres se plaignaient du fait que jusqu’à présent, les budgets alloués à leur département respectif au titre des investissements, n’ont pas encore connu un début de décaissement. Pourtant, le pouvoir se vantait à grand renfort de propagande, que pour la première fois au Congo, le budget avait été voté dans les délais requis et qu’il était exécutoire dès le 1er janvier 2010. Que s’est-il donc passé pour que jusqu’ici, le président de la République, chef du gouvernement, n’ait pas cru utile d’ordonner les décaissements nécessaires à la réalisation des projets retenus ? Comme on le sait, le noyau dur du budget de l’Etat, exercice 2010, est constitué par les recettes pétrolières. Aujourd’hui, le prix du baril de pétrole sur le marché oscille entre 82 et 85 dollars US, et le cours du dollar n’a pas subi de fluctuation dans le sens de la baisse.
Quand on sait par ailleurs, qu’à partir du mois de septembre, les engagements budgétaires devraient être arrêtés, on peut légitimement se demander, quel sort sera fait aux 900 projets du budget d’investissement de 2010 ? Qu’adviendrait-il des ressources budgétaires engrangées et non utilisées, quand on sait par expérience que le pouvoir actuel n’a pas la culture du collectif budgétaire et ne réintègre pas dans le budget de l’année suivante, les ressources disponibles de l’exercice précédent ? On peut également se demander pourquoi à la fin de chaque exercice budgétaire, le gouvernement n’intègre t-il pas dans le budget, par un collectif budgétaire, les sommes engrangées au titre de la prudence (10 dollars/baril) ? Où va cet argent ?
2- De l’absence d’une politique économique cohérente :
Lors de la mise en place du gouvernement, le pouvoir avait annoncé à grand renfort de propagande, un vaste programme d’industrialisation. Aujourd’hui, dans tous les départements du Congo, voire dans aucune zone dite économique spéciale, aucun projet d’industrialisation n’a été initié par le gouvernement. Les 900 projets d’investissements prévus dans le budget 2010, ne sont que des proclamations d’intention. Même les secteurs essentiels comme l’agriculture et les infrastructures de base ne bénéficient d’aucun financement conséquent. Par exemple, l’agriculture, proclamée priorité des priorités comme dans le plan quinquennal 1982 – 1986, ne bénéficie que de 3 milliards de FCFA d’investissement au titre du Fonds de soutien. A titre de comparaison, au Cameroun, la seule filière banane, bénéficie d’une subvention de l’Etat d’un montant de 10 milliards de FCFA ! Comme on peut le constater, en matière économique, au-delà des mots, le gouvernement continue de naviguer à vue. Et ce n’est pas l’annonce fracassante de la construction, du reste sans études préalables et à la suite d’un accord conclu sous la table avec la Chine, du barrage de la Shoulé dans la Sangha, qui nous démentira.
En matière sociale, la situation est de plus en plus intenable pour les populations congolaises. Les mesures de blocage des effets financiers des avancements des fonctionnaires, le traitement automatique des dossiers des retraités, l’intégration dans la fonction publique des étudiants finalistes des écoles de formation (ENS, ENI, ENBA), l’érosion continue du pouvoir d’achat des populations, le manque quotidien d’eau potable et d’électricité dans les foyers, le chômage endémique, l’absence d’assurance maladie et de mécanismes de soutien aux personnes vulnérables, etc., tout cela laisse indifférent le gouvernement qui est passé maître dans l’art du dribble et de la manipulation. En effet, à travers des négociations bidons, il roule dans la farine les syndicats, amuse de belles promesses les corps de métiers qui revendiquent leurs droits et divertit les populations par une propagande tapageuse - démentie par les faits- sur les réalisations du « Chemin d’Avenir ».
Pourtant, ce n’est pas l’argent qui manque au gouvernement pour apporter des réponses appropriées aux attentes des populations. Aujourd’hui, il dispose des ressources du budget de l’Etat, exercice 2010 (2831 milliards de FCFA), des excédents budgétaires (plus de 3 mille milliards depuis 2003), des ressources PPTE (près 500 milliards de FCFA). Avec ces énormes ressources, il a suffisamment de moyens pour lever la mesure de blocage des effets financiers des avancements, améliorer le pouvoir d’achat des populations, la fourniture en eau potable et en électricité des foyers, réhabiliter les formations sanitaires et scolaires, recruter les personnels dont ces formations ont grandement besoin, bref, lutter contre la pauvreté. Malheureusement, les priorités du gouvernement sont ailleurs : les voyages, les fêtes, les dépenses d’apparat, l’enrichissement illicite des dirigeants et de leurs familles. Les souffrances du peuple congolais, le gouvernement n’en a cure. En tout cas, c’est le cadet de ses soucis. Le Congo est riche. Les Congolais sont pauvres. Les chiens aboient, les statues égyptiennes et les dragons indiens ramollissent les cœurs et la combativité des Congolais.
Au niveau politique, notre pays est plombé du fait de l’absence de l’Etat, de la panne de la démocratie et de la perpétuation de l’intolérance politique. Le gouvernement à quatre pôles s’est installé dans un immobilisme patent. Comme il a été indiqué plus haut, il ne s’est réuni que très rarement en Conseil des ministres. Le chef du gouvernement, quand il n’est pas en séjour privé dans son village natal, où il s’occupe des problèmes de sa famille, est en voyage hors du Congo, pour tenter semble t-il de faire accepter par la communauté internationale, d’une part, son projet de révision de la Constitution pour se maintenir au pouvoir éternellement, d’autre part, son projet de succession familiale. Sur ce dernier point, inspiré par les exemples du Togo et du Gabon, il rêve, selon la rumeur publique, de se faire succéder par un des ses fils ou un de ses neveux. Pour faire aboutir ce funeste projet, il a pris son bâton de pèlerin, pour faire la promotion de ses protégés, ce, aux frais du contribuable congolais. Le Congo serait-il devenu une monarchie ?
L’immobilisme du gouvernement se double d’une volonté macabre de perpétuer l’intolérance politique et le refus de la différence. En effet, alors que l’enquête ouverte par la gendarmerie nationale, à la suite de la marche pacifique effectuée le 15 juillet 2009, par les militants et sympathisants de l’opposition, dans le cadre du processus de l’élection présidentielle, a conclu que le dossier d’accusation était vide, d’une part, et que les auditions des responsables de l’opposition par le juge d’instruction, ITOUA Privat, ont abouti à la même conclusion, d’autre part, le ministère public s’obstine à ne pas prononcer le non lieu et à maintenir en l’état, l’information judiciaire contre les responsables du Front de l’Opposition. Dans le même registre, alors que le pouvoir lui-même avait indiqué oralement, au cours d’une réunion entre le ministre d’Etat, coordonateur du pôle de souveraineté et une délégation du Front de l’opposition, le 30 octobre 2009, que les mesures d’interdiction de sortie du territoire national et d’assignation à résidence à Brazzaville, étaient levées, le procureur de la République, ESSAMY NGATSE, qui avait signé le texte relatif à l’interdiction de sortie du territoire national des responsables de l’opposition, n’a pas jusqu’à ce jour, pris un nouveau texte pour annuler le premier. Que cache cette attitude du pouvoir ?
Sur le plan électoral, les graves dysfonctionnements constatés lors des élections de 2007, 2008 et 2009, requièrent, dans le dessein de décrisper le climat politique dans le pays et renforcer le climat de paix, la tenue urgente d’un dialogue politique entre le pouvoir et l’opposition, pour construire ensemble, les solutions consensuelles à l’organisation des futures élections législatives de 2012. Nous l’avons dit, en Afrique en général, au Congo en particulier, les élections mal organisés sont devenues les causes principales des conflits qui déchirent le continent (cas du Zimbabwe, du Kenya, de la Côte-d’Ivoire, du Niger, de la Guinée Conakry, de la République Centrafricaine, du Congo /Brazzaville).
En 2009, lors de l’élection présidentielle, scrutin du 12 juillet, le Congo n’a échappé à de nouveaux drames humains que grâce au patriotisme, au dévouement à l’intérêt général et à la grande intelligence tactique de l’opposition qui, tirant les leçons des guerres civiles meurtrières que notre pays a connues de 1993 à 1999, a donné la priorité au Congo et a appelé ses militants et sympathisants, à demeurer calmes et à prendre acte des résultats pourtant frauduleux du scrutin du 12 juillet. Cette attitude sage et responsable aurait dû inspirer le pouvoir qui à son tour, aurait dû adopter une posture raisonnable.
Or, jusqu’à ce jour, malgré les appels réitérés de l’opposition en direction du président de la République, afin qu’il convoque dès maintenant un vrai dialogue pouvoir/opposition, le chef de l’Etat fait la sourde oreille et semble privilégier sa stratégie du passage en force. C’est là, de notre point de vue, une faute politique grave. C’est pourquoi, nous interpelons une fois de plus, le président de la République et l’invitons, à accorder ses actes avec ses discours, lui qui répète à l’envi qu’au Congo le dialogue est permanent et qui accuse l’opposition d’enfoncer des portes ouvertes lorsqu’elle revendique la tenue d’un vrai dialogue pouvoir/opposition. Nous attendons du président de la République qu’il apporte la preuve concrète, qu’au Congo, le dialogue entre les acteurs politiques est une réalité et non une fiction destinée à tromper la communauté internationale. Nous disons bien, dialogue et non monologue.
Pour notre part, nous réaffirmons haut et fort, notre disponibilité à participer pleinement à ce dialogue salutaire qui doit réunir tous les acteurs politiques et non simplement des acteurs choisis, comme le mijote actuellement le pouvoir. Notre amour ardent pour le Congo et notre soif inextinguible de paix, nous commande cette attitude de bon sens. Nous invitons l’autre camp à en faire autant.
Fait à Brazzaville, le 15 mai 2010
Le Comité Directeur